Une femme aurait été plaquée au sol après avoir demandé à un agent de mettre un masque

Publié le 18 déc. 2021
Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

Une Lavalloise affirme qu’un policier de Laval lui aurait « sauté dessus » chez elle l’été dernier après qu’elle lui eut demandé de mettre un masque lors d’une intervention qu’elle avait elle-même réclamée.

Vers 4 h 30 du matin, le 15 août dernier, raconte Monique Mercier, elle a ressenti un malaise et a composé le 911. Peu après, des policiers et des ambulanciers sont arrivés dans son appartement du boulevard des Laurentides, à Laval. Elle les aurait alors informés que son état de santé s’était amélioré et qu’elle n’avait plus besoin d’aide, mais les premiers répondants voulaient tout de même entrer pour « s’assurer que tout était correct ».

Quatre policiers et deux ambulanciers étaient alors présents dans sa cuisine. Tous portaient un masque d’intervention bleu, à l’exception d’un policier, qui avait le visage découvert, se souvient-elle.

Mme Mercier, 56 ans, qui est atteinte d’une maladie auto-immune et qui souffre de fibromyalgie, dit avoir demandé au policier de mettre un masque. « Je lui ai même tendu une boîte de masques neufs, mais il a dit qu’il n’en voulait pas. Jusque-là, il était poli, même mielleux, mais il est devenu rébarbatif. »

Devant ce refus, Mme Mercier affirme être allée chercher son téléphone cellulaire et avoir annoncé son intention de filmer l’intervention.

Aussitôt que j’ai prononcé le mot “filmer”, je n’ai même pas eu le temps de relever la tête, le policier m’a sauté dessus. Mon téléphone a revolé dans les airs. Il m’a garrochée par terre, dans le salon… C’était violent.

Monique Mercier

Le policier lui aurait alors mis les mains derrière le dos pour lui passer les menottes. « Je n’ai plus 30 ans, me faire brasser comme ça, je ne suis plus capable. J’ai encore de la misère à en parler. [...] Je criais, ça faisait mal. J’ai de l’arthrite dans les épaules, et la douleur était intense. Il a mis les menottes si serré que j’ai encore des marques aux poignets aujourd’hui, quatre mois plus tard. Ça me faisait tellement mal que j’ai perdu le fil de ce qui s’est passé ensuite. »

Mme Mercier explique avoir repris ses esprits dans l’ambulance. Elle était alors très agitée et avait de la difficulté à respirer. Elle n’avait pas de chaussures, ni son portefeuille, ni son téléphone. Selon l’enregistrement automatique réalisé dans l’ambulance par Urgences-santé, et qu’elle a pu obtenir, elle répète sans cesse : « Pourquoi il m’a sauté dessus ? »

  • Monique Mercier a pris des photos de ses blessures à la suite de l'intervention policière, le 15 août dernier.

    PHOTO FOURNIE PAR MONIQUE MERCIER

    Monique Mercier a pris des photos de ses blessures à la suite de l'intervention policière, le 15 août dernier.

  • Monique Mercier a pris des photos de ses blessures à la suite de l'intervention policière, le 15 août dernier.

    PHOTO FOURNIE PAR MONIQUE MERCIER

    Monique Mercier a pris des photos de ses blessures à la suite de l'intervention policière, le 15 août dernier.

  • Monique Mercier a pris des photos de ses blessures à la suite de l'intervention policière, le 15 août dernier.

    PHOTO FOURNIE PAR MONIQUE MERCIER

    Monique Mercier a pris des photos de ses blessures à la suite de l'intervention policière, le 15 août dernier.

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« Une fixation »

Dans le rapport rédigé par le policier, qu’elle a pu obtenir en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels et que nous avons pu consulter, il est écrit que Mme Mercier « tenait des propos décousus » lorsque les premiers répondants sont arrivés chez elle. Elle fait une « fixation » sur l’agent de police, elle « devient de plus en plus agressive » et « veut qu’il sorte de son appartement », y lit-on.

Le policier note que Mme Mercier a un « état d’alcoolémie avancé » et qu’il y a présence de ciseaux et de couteaux dans la cuisine de l’appartement « insalubre ». Le policier dit l’avoir « amenée au sol tranquillement pour notre sécurité et la sienne ».

Le policier a invoqué la loi P-38 pour ordonner que Mme Mercier soit envoyée aux urgences. Cette loi donne des pouvoirs exceptionnels aux policiers lorsqu’ils constatent qu’une personne « présente un danger grave et imminent pour elle-même ou pour autrui ».

Mme Mercier affirme que de nombreuses informations contenues dans le rapport sont inexactes.

« Le policier n’a pas écrit un mot sur la question du masque et mon intention de le filmer, dit-elle. Il essaie de me faire passer pour une folle dans son rapport afin de justifier mon envoi forcé à l’hôpital. »

Elle note que, contrairement à ce qui est écrit, les ciseaux et les couteaux étaient rangés dans les tiroirs et n’étaient pas visibles ni accessibles. Elle ajoute que son appartement est « petit », mais n’est « pas insalubre ». « Et j’étais loin d’être soûle, comme il le prétend. J’avais bu deux verres de vin », dit-elle.

La porte-parole du Service de police de Laval, la sergente Geneviève Major, explique qu’« à la lumière des informations que nous possédons aujourd’hui, l’intervention a été effectuée selon les bonnes procédures policières. Nous encourageons Mme Mercier à communiquer avec nous si elle désire discuter de sa situation ou porter plainte ».

Mme Major note que la politique pour les policiers est de porter un masque lorsqu’ils sont à l’intérieur.

Toutefois, il y a des critères d’urgence. On comprend tous qu’il soit possible qu’un policier qui arrive dans une situation d’urgence n’ait pas son masque.

Geneviève Major, porte-parole du Service de police de Laval

Mme Major s’est entretenue avec le policier qui a fait l’intervention. « Il a dit qu’il portait toujours son masque et que peut-être que cette journée-là, il le portait mal, qu’il l’avait sous son nez ou qu’il était tombé pendant l’intervention », a-t-elle affirmé.

Le policier soutient que Mme Mercier n’était pas coopérative alors qu’elle était menottée et que les agents avaient dû la soulever et la transporter, ce qui aurait pu laisser des marques sur sa peau.

C’est la publication dans La Presse la semaine dernière du récit d’un Montréalais qui affirmait qu’un policier était devenu violent à son égard après qu’il lui eut demandé de porter un masque lors d’une interpellation qui a poussé Mme Mercier à raconter sa mésaventure. Elle a déposé une plainte en déontologie contre le policier. Mme Mercier dit vivre avec un sentiment d’angoisse depuis le 15 août. « Je ne veux plus qu’un policier entre chez moi. C’est fini », dit-elle.

Port du masque

Antoine Leclerc-Loiselle, conseiller en relations publiques à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), affirme que « le port du masque en continu est recommandé plutôt qu’obligatoire à l’intérieur et à l’extérieur » pour les travailleurs, dont les policiers.

Il est nécessaire, à des fins préventives, de respecter minimalement l’une des mesures suivantes : distanciation physique de 1 mètre à l’intérieur et à l’extérieur, barrières physiques et port d’un masque de qualité.

Antoine Leclerc-Loiselle, conseiller en relations publiques à la CNESST

Quant au travail à l’extérieur, le port d’un masque de qualité est exigé « si des interactions à moins d’un mètre avec autrui sont inévitables ».

Plus tôt cette année, le gouvernement québécois avait rappelé qu’il est permis de filmer les interventions des policiers.

« Oui, des citoyens qui pensent être témoins de gestes inappropriés [de la part de policiers] sont tout à fait dans leur droit de les filmer », avait déclaré le ministre responsable de la Lutte contre le racisme, Benoit Charette.