« Les crimes par armes à feu sont un fléau, un problème sociétal que les tribunaux doivent dénoncer de manière forte et sans équivoque. » Une juge de la Cour supérieure a prononcé vendredi un vibrant plaidoyer contre la violence liée aux armes à feu au Québec en imposant la prison à vie à un membre de gang de rue qui a failli assassiner un honnête citoyen.

Publié le 17 déc. 2021
Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

« Il revient aux tribunaux d’envoyer un message clair que des gestes violents commis par armes à feu n’ont pas leur place dans une société paisible et sécuritaire. […] La sentence doit lancer un message fort aux organisations criminelles ainsi qu’aux individus qui voudraient commettre des crimes par armes à feu que des sentences sévères doivent être imposées », a tranché la juge Hélène Di Salvo vendredi après-midi dans un jugement extrêmement sévère au palais de justice de Saint-Jérôme.

Hensley Jean écope de fait de la peine maximale. C’est d’ailleurs la première fois au Québec qu’une peine de prison à vie est imposée pour une tentative de meurtre avec arme à feu. Hensley Jean sera admissible à une libération conditionnelle après sept ans de détention. Il a été reconnu coupable par un jury en juin dernier au terme de son procès.

En juin 2019, Hensley Jean est passé à deux doigts de tuer Samuel Indig, un homme sans histoire qui venait d’emménager avec sa famille dans un quartier paisible de Saint-Eustache. Hensley Jean lui a « lâchement » tiré dans le dos devant chez lui, avant de s’approcher pour l’achever « de sang-froid », alors qu’il était sans défense au sol.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM D’HENSLEY JEAN

Hensley Jean

La seule chose qui sépare un meurtrier de M. Hensley Jean… est une arme à feu qui s’est enrayée.

La juge Hélène Di Salvo

En effet, l’imposant pistolet de Hensley Jean s’est enrayé au moment précis où il tentait d’achever sa cible. Par ailleurs, il s’agit d’une erreur sur la personne, puisque le tireur visait l’ancien occupant de la maison.

« La victime le suppliait d’arrêter, l’accusé s’est acharné. Il n’a quitté la scène de crime que parce que son arme s’est enrayée et parce qu’il avait vidé son chargeur », a ajouté la juge, qui ne retient « aucun » facteur atténuant pour l’accusé.

Comme Hensley Jean est affilié à un gang de rue de Montréal-Nord d’allégeance rouge, les Goon Squad, la Couronne a présenté en preuve de nombreux témoignages d’experts démontrant la flambée de violence par armes à feu à Montréal. La juge a ainsi relevé que des centaines de coups de feu avaient été tirés depuis deux ans dans la métropole, une « hausse marquée de la fréquence et de l’intensité ».

PHOTO DÉPOSÉE EN COUR

C’est devant cette maison de Saint-Eustache que Samuel Indig a été atteint de deux coups de feu.

« Les armes à feu sont une menace pour tous »

Aux yeux de la juge Di Salvo, la peine imposée à Hensley Jean devait donc « tenir compte de la situation inquiétante que l’on vit à Montréal ». « Le Tribunal peut considérer cette situation pour répondre au besoin criant de dénoncer le comportement illégal et décourager quiconque de commettre un crime avec l’utilisation d’une arme à feu », a soutenu la juge.

La juge insiste dans son jugement sur l’importance de « préserver la sécurité publique » au Québec. « Les citoyens ont le droit de vivre en paix, sans crainte, dans une société paisible. Les citoyens ont le droit de déambuler dans les rues, de s’asseoir sur leurs balcons, de se reposer dans leur domicile, sans jamais craindre de recevoir une balle perdue. Les armes à feu sont une menace pour tous », a insisté la juge Di Salvo.

En citant la Cour suprême, la juge Di Salvo rappelle que la peine maximale n’est pas réservée aux « pires cas impliquant les pires circonstances et les pires criminels ». La peine maximale doit être infligée « chaque fois que les circonstances le justifient », dit-elle.

« Aucun mot ne peut décrire fidèlement la violence des gestes posés par l’accusé le 3 juin 2019. Les mots ne sont pas suffisants pour décrire la brutalité de cette attaque », a-t-elle d’ailleurs insisté dans l’introduction de son jugement de 43 pages.

Un jugement encensé par les procureurs de la Couronne, Me Steve Baribeau et MVanessa Dorval. « Aujourd’hui, une juge a pris ses responsabilités […] Avec tout le climat de violence armée à Montréal, dont toute la population est témoin depuis plusieurs mois, et avec un crime aussi odieux commis avec un mépris épouvantable pour la vie humaine, ce jugement lance un message au public en général et aux victimes que l’on peut encore avoir confiance en les tribunaux », a commenté MBaribeau.

MNoémie Tellier et MMarion Burelle ont représenté l’accusé, qui n’a pas porté en appel le verdict de culpabilité.

En chiffres

116

Nombre d’évènements impliquant des coups de feu à Montréal en 2020

411

Nombre de coups de feu tirés minimalement à Montréal en 2020

464

Nombre de coups de feu tirés minimalement à Montréal du 1er janvier au 12 septembre 2021