L’élève de 16 ans qui a poignardé jeudi son professeur, à l’école John-F.-Kennedy dans le quartier Saint-Michel, avait des problèmes « de discipline », mais n’avait jamais montré de signes de violence, selon la direction. Une enquête a été ouverte pour tenter de comprendre les circonstances entourant l’agression.

Mis à jour le 9 déc. 2021
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse
Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse

L’agression armée est survenue vers 10 h 10 dans cette école primaire et secondaire anglophone de la rue Villeray, a confirmé le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Pour une raison toujours inconnue, l’élève de troisième secondaire aurait agressé son enseignant, un homme dans la quarantaine, avec « un objet coupant ou tranchant ». Cela s’est produit dans la classe devant plusieurs témoins, a confirmé le porte-parole du corps policier, Jean-Pierre Brabant.

À leur arrivée, les policiers ont rapidement trouvé la victime. Celle-ci aurait subi des « blessures mineures » au haut du corps. Maxime Canuel, enseignant en arts visuels, a rapidement été transporté dans un centre hospitalier, mais heureusement, on ne craint pas pour sa vie.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Les élèves ont été partiellement confinés pendant que le Groupe d’intervention tactique du SPVM intervenait.

Des recherches ont été menées pendant quelques dizaines de minutes « à l’intérieur de l’école » afin de retrouver le suspect. Les élèves ont d’ailleurs été partiellement confinés, le temps de ces recherches, pendant que le Groupe d’intervention tactique du SPVM intervenait.

Le jeune homme de 16 ans a finalement été retrouvé et interpellé par les policiers tout près de l’école. Il n’a pas résisté à son arrestation et sera rencontré par les enquêteurs au cours des prochaines heures afin de comprendre les motifs de l’agression qu’il a commise. Aucune autre personne n’a été blessée.

Des problèmes « de discipline »

Selon le porte-parole de la commission scolaire English-Montréal (CSEM), Michael Cohen, l’élève interpellé avait des problèmes « de discipline », mais rien ne laissait croire qu’il pourrait faire preuve de violence. « C’était complètement inattendu », a-t-il résumé.

Des équipes d’intervention sociale ont été appelées sur les lieux afin de « parler avec les élèves », dont certains ont été témoins de l’agression et sont « sous le choc », a aussi souligné M. Cohen.

Les enfants ont besoin de quelqu’un à qui parler, surtout ceux qui ont été témoins de l’évènement. […] Nous sommes très chanceux que la police ait agi rapidement.

Michael Cohen, porte-parole de la CSEM

Rencontrée sur place, Sonia Arruda, dont la fille était toujours confinée à l’intérieur de l’établissement, n’a pas caché son inquiétude. « C’est sûr que ça m’inquiète. On envoie nos enfants à l’école en pensant que la journée va bien aller. J’ai peur comme mère. Aujourd’hui, c’était ça. Qu’est-ce que ça va être demain ? La semaine prochaine ? Je ne veux pas être angoissée et ne pas me sentir en sécurité chaque matin », a-t-elle dit, appelant la direction à « aller chercher de l’aide » pour tous les élèves, y compris le suspect.

Vers les détecteurs de métal ?

À l’hôtel de ville, en fin d’après-midi jeudi, la mairesse Valérie Plante s’est dite choquée « en tant que mère » par cette affaire, rappelant qu’un de ses fils fréquente une école située non loin de là.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Valérie Plante, mairesse de Montréal

« Est-ce qu’on doit avoir une approche différente [dans les écoles] ? Peut-être. Est-ce que ça prend un meilleur alignement entre les travailleurs de rue, les ressources communautaires et les écoles qui ont leurs propres ressources ? Peut-être. On doit tout mettre sur la table », a-t-elle soutenu, parlant d’une « approche montréalaise » à développer en matière de sécurité publique.

Mme Plante affirme qu’il est toutefois « vraiment trop tôt » pour se prononcer sur des mesures en milieu scolaire, alors qu’un sommet sur la sécurité doit avoir lieu fin janvier. Elle n’exclut pas toutefois d’implanter des détecteurs de métal dans les écoles. « Est-ce que c’est la solution ? Je ne suis pas une experte. Je ne dis pas oui, je ne dis pas non », a-t-elle affirmé à ce sujet, lançant au passage un « message de solidarité » à l’intention des parents et des familles touchées par cette affaire. « Le crime organisé, largement, change. Et nous aussi, on change », a ajouté Mme Plante.

Le nouveau responsable de la sécurité publique à Montréal, Alain Vaillancourt, a de son côté rappelé que « tout le monde doit mettre la main à la pâte », faisant remarquer que dans son arrondissement, Le Sud-Ouest, plusieurs agents vont déjà dans les écoles pour établir des liens avec les jeunes. « La solution ne passe pas par une seule façon », a-t-il jugé.

Réactions à Québec

L’évènement violent est survenu durant la période des questions à l’Assemblée nationale. À la sortie du Salon bleu, alors que le suspect venait d’être arrêté, les ministres Geneviève Guilbault (Sécurité publique) et Jean-François Roberge (Éducation) se sont dits perturbés par cet évènement « troublant et dramatique ». Un soutien psychosocial sera offert aux élèves et au personnel, ont-ils réitéré.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation

M. Roberge a établi un lien entre cet acte et la recrudescence de la violence à Montréal. « Ainsi va la violence dans la communauté, ainsi vont les incidents qui peuvent arriver dans les écoles », a-t-il soutenu.

Il n’a pas reçu de signaux du réseau scolaire concernant une hausse de la violence dans les écoles au cours des derniers mois. « Je n’ai pas reçu une note à cet effet-là. Mais on sait très bien que lorsqu’il y a recrudescence de la violence dans les rues, les jeunes circulent dans les rues et circulent dans les écoles, ce sont les mêmes personnes », il faut être « vigilant », a-t-il expliqué.

M. Roberge n’a pas de portrait statistique au sujet de la présence ou des saisies d’armes dans les écoles. « Je ne peux pas vous dire qu’on observe une courbe ascendante. Ça appartient vraiment aux centres de services scolaires et aux directions d’école de superviser ce qui se passe. Il faut faire attention, on a un incident, un incident qui est très grave et qui aurait pu être dramatique, mais il ne faut pas penser que là, les armes circulent dans les écoles plus qu’avant et que c’est dangereux d’y envoyer nos enfants. » Il a souligné qu’à l’école, « on est dans un endroit où on fait de la prévention, pas de la répression ou des arrestations ».

Geneviève Guilbault a fait valoir ses mesures annoncées récemment en matière de prévention de la violence dans la métropole.

Ce n’est pas normal que nos jeunes aient ce réflexe de violence. Il faut intervenir et faire en sorte que des jeunes ne se rendent pas à commettre des actes comme ce qui vient d’être commis.

Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique

« Tout ce qu’on fait contre les armes à feu en ce moment, ça n’aurait rien changé à cet acte-là, ce n’était pas une arme à feu. Donc, il y a un problème de violence à la source parce que les jeunes manquent, des fois, dans certains endroits, d’alternatives constructives, manquent de projets de vie constructifs, manquent d’accès à des services, à des personnes qui peuvent être des modèles et les aider à cheminer droitement dans la vie. Et c’est pour ça qu’on agit en prévention. »