L’avocat de la belle-mère de la fillette de Granby a tenté, dans un ultime effort, de convaincre le jury de déclarer sa cliente non coupable de meurtre non prémédité et de séquestration.

Mis à jour le 6 déc. 2021
Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse

« À ce stade-ci, ce que je vous invite à retenir, c’est le fait que le tape a causé la mort n’égale pas nécessairement un meurtre. Il devra y avoir une intention supplémentaire », a martelé MAlexandre Biron lors de ses plaidoiries, lundi.

« Personne ici ne va vous dire que les décisions de [l’accusée] au matin du 29 avril sont de bonnes décisions. La question, c’est plutôt de savoir si [l’accusée] a commis les gestes en sachant que ceux-ci entraîneraient probablement la mort », a poursuivi l’avocat.

Lors de ton témoignage, la belle-mère a en effet confirmé avoir ajouté « peut-être une dizaine de tours » de ruban adhésif autour de la victime, qui était déjà enroulée dans du papier collant, le matin du 29 avril 2019. Elle a cependant nié avoir couvert le nez et la bouche de l’enfant.

MBiron a rappelé que la belle-mère a dit avoir attaché la fillette afin d’éviter qu’elle ne se blesse en attendant un rendez-vous en pédopsychiatrie prévu en après-midi, le jour même. Il s’est aussi demandé pourquoi l’accusée aurait lancé un verre d’eau au visage de la victime pour la réanimer si elle savait que le ruban adhésif pouvait la tuer. Il a évoqué l’entrevue du petit frère de la victime avec les policiers le jour du drame. Celui-ci, alors âgé de 5 ans, a dit que « sa mère » voulait que la fillette cesse de crier et non pas qu’elle meure.

MBiron a également déclaré que la poursuite n’était pas arrivée à faire la « preuve hors de tout doute raisonnable » que du ruban adhésif avait été apposé sur le nez et la bouche de la fillette. « Vous devrez vous questionner sur ces aspects : où le ruban a-t-il été apposé ? Quand a-t-il été apposé ? Par qui a-t-il été apposé ? Et pourquoi a-t-il été apposé ? », a-t-il énuméré, admettant que certaines décisions prises par l’accusée avaient mené à un « résultat triste » et « regrettable ».

Retour sur 24 témoignages

Tout au long de la journée, l’avocat a passé en revue les 24 témoignages (21 pour la Couronne, trois pour la défense) que le jury a entendus au cours des sept dernières semaines. Il a soulevé les incongruités de certains récits et mis de l’avant les passages avantageux pour la belle-mère de l’enfant.

Le fils de l’accusée a par exemple indiqué, lors de son interrogatoire, avoir vu du ruban adhésif sur le nez et la bouche de sa sœur lorsqu’elle a été découverte inanimée. En contre-interrogatoire, il a dit qu’il ne restait plus de papier collant sur son visage.

« Est-ce qu’effectivement, il a vu la quantité de ruban adhésif au visage ou il fait une déduction à ce moment ? », s’est interrogé l’avocat de la belle-mère.

MBiron a aussi mis en évidence le témoignage de deux expertes, l’une qui a témoigné pour la Couronne et l’autre pour la défense. Les deux n’arrivent pas aux mêmes conclusions quant aux causes de la mort de la fillette de 7 ans.

La pathologiste Caroline Tanguay, invitée à témoigner par la Couronne, a conclu que la fillette était morte de suffocation externe parce que son nez et sa bouche étaient couverts de ruban adhésif. Anny Sauvageau a plutôt soutenu que l’enfant était morte d’hyperthermie parce que son corps n’arrivait plus à évacuer sa chaleur correctement dans plusieurs couches de ruban adhésif. La fillette serait aussi morte d’asphyxie mécanique, car elle ne pouvait plus pratiquer ses mouvements respiratoires dans une contention trop serrée, selon l’experte de la défense.

MBiron poursuivra ses plaidoiries mardi matin au palais de justice de Trois-Rivières. Des ordonnances de non-publication nous empêchent de révéler certains noms et certains détails mentionnés pendant les plaidoiries.