Il est bientôt 19 h, un beau soir de juillet. La rue Sainte-Catherine est bondée. Soudain, un jeune homme fait feu en pleine rue sur quatre « purs inconnus » devant des passants. Tout ça pour une banale remarque sur sa sacoche Gucci. Alors que les fusillades sont un « véritable fléau » à Montréal, une juge a refusé de libérer le tireur allégué, même s’il s’engageait à porter un bracelet de surveillance.

Publié le 27 nov. 2021
Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

« S’attaquer à de purs inconnus en déchargeant une arme à feu en plein milieu d’une rue qui, vu l’heure, était fort achalandée est sans contredit hautement répréhensible et, en ce sens, il est impératif de rassurer le public afin qu’il garde confiance en l’administration de la justice et en ceux qui la défendent. Le public doit aussi se sentir en sécurité », a tranché la juge Mylène Grégoire, mardi, au palais de justice de Montréal.

Arrêté à la mi-octobre, Thomas Makdessi, 23 ans, tentait d’être mis en liberté provisoirement pendant le processus judiciaire. Le résidant de Lachine est notamment accusé d’avoir déchargé intentionnellement une arme à feu, une accusation qui peut entraîner une peine minimum de cinq ans.

PHOTO DÉPOSÉE EN PREUVE

Il s’agirait de l’accusé et sa copine en train de magasiner rue Sainte-Catherine tout juste avant le coup de feu.

Le 17 juillet dernier, quatre jeunes hommes se promènent au centre-ville de Montréal. Ils s’arrêtent d’abord dans une pharmacie de la rue Sainte-Catherine pour acheter des masques chirurgicaux. En sortant, ils croisent Thomas Makdessi et sa conjointe et coaccusée Selma Hatem, 20 ans.

Selon la preuve présentée à l’enquête, l’un des jeunes hommes passe alors un commentaire sur la sacoche pour homme (man purse) de marque Gucci de Thomas Makdessi. Furieux, ce dernier les invite à venir « régler ça dans la ruelle ». Peu de temps après, rue Metcalfe, l’accusé sort une arme à feu de sa sacoche et fait feu sur les quatre hommes. Heureusement, personne n’est atteint.

IMAGE TIRÉE D’UNE VIDÉO DÉPOSÉE EN COUR

Une vidéo de surveillance déposée en preuve montre le tireur en pleine action.

Sur une vidéo de surveillance déposée en preuve, on peut voir le tireur en pleine action, alors que des passants sont à quelques mètres. On le voit même faire feu en pleine rue (à 18 h 49 : 26 sur la vidéo). Tout près, un couple de personnes âgées sur une terrasse sursaute lors de la détonation, montre une autre vidéo. La balle a terminé sa course sur le phare avant d’un véhicule stationné, indique la preuve de la Couronne.

L’accusé représente un « danger », selon la juge

De nombreux éléments militent en faveur de la détention de Thomas Makdessi, conclut la juge. Surtout, la « prolifération » des crimes par arme à feu à Montréal est en « recrudescence au point de constituer un véritable fléau », affirme-t-elle, en citant une décision récente du juge Pierre Bélisle dans un dossier similaire. En effet, on comptait déjà 117 fusillades à Montréal cette année en date du 30 septembre. Une information « troublante », selon la juge, qui considère les crimes allégués comme « extrêmement graves ».

De plus, c’est une « simple remarque » sur sa sacoche qui aurait provoqué la colère du prévenu, rappelle la juge. « Puis, sans crier gare, il sort une arme à feu de ladite sacoche, la pointe en leur direction et fait feu ! On est samedi soir, à l’heure du souper en plein cœur du mois de juillet, au centre-ville de Montréal. Clairement, l’achalandage des environs est important », insiste la juge Grégoire.

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Thomas Makdessi, 23 ans

Dans l’espoir d’être mis en liberté provisoirement, Thomas Makdessi a proposé d’être assigné à domicile 24 heures sur 24 et même de porter un bracelet électronique de surveillance. Ses proches auraient ainsi payé la facture de 540 $ par mois pour le bracelet. Le jeune homme a affirmé à la cour avoir repris sa vie en main grâce à sa nouvelle « femme » et à son récent emploi de vendeur de voitures.

Sa mère s’est également engagée à déposer 5000 $ de caution et à héberger son fils. Mais selon la juge, malgré la bonne volonté de cette dame, celle-ci n’a « aucun ascendant » sur son fils et ignore « totalement » ses allées et venues.

De plus, le témoignage de Thomas Makdessi laisse « transpirer un manque flagrant d’honnêteté et de transparence envers le Tribunal », estime la juge.

De surcroît, jusqu’à son arrestation trois mois plus tard, Thomas Makdessi a continué de vivre « comme si de rien n’était » en continuant de « frayer dans le milieu criminel », affirme la juge Grégoire. Son mode de vie est d’ailleurs révélateur du « danger qu’il représente pour la communauté », conclut-elle.

  • Drone saisi chez l’accusé, auquel sont attachés huit rouleaux enrubannés contenant du cannabis et du tabac.

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    Drone saisi chez l’accusé, auquel sont attachés huit rouleaux enrubannés contenant du cannabis et du tabac.

  • Huit rouleaux enrubannés contenant du cannabis et du tabac ont été découverts chez l’accusé.

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    Huit rouleaux enrubannés contenant du cannabis et du tabac ont été découverts chez l’accusé.

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Les policiers ont en effet saisi chez lui un drone avec huit rouleaux enrubannés de drogue « prêts pour une livraison ». Il s’agit d’une méthode utilisée pour introduire de la drogue en prison, selon un enquêteur.

Les policiers ont aussi découvert 30 000 $ en argent comptant, deux caissons pour entreposer des armes de poing, une boîte de munitions et des dizaines de pièces d’identité. Une saisie qui suscite « de sérieux questionnements » sur le mode de vie de l’accusé, conclut la juge.

D’ailleurs, en août dernier, l’accusé s’est retrouvé mêlé à une autre histoire d’arme à feu à Laval. Alors que Thomas Makdessi était passager d’un Range Rover, le conducteur, Zakaria Zaki Rouaghi, a été arrêté avec un pistolet Glock 19 chargé qui se trouvait dans sa sacoche, selon le jugement. La conjointe de Thomas Makdessi a alors récupéré une sacoche grise dans le Range Rover et s’est empressée de l’apporter dans leur appartement.

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Selma Hatem, 20 ans

Le dossier sera de retour en cour en février prochain. Notons que la coaccusée Selma Hatem n’est pas détenue.

MGeneviève Boutet représente le ministère public, alors que l’accusé est défendu par MRamy El Turaby.