C’est armé d’au moins deux couteaux que Théo*, 16 ans, s’est rendu à un parc de Laval l’an dernier pour tuer son meilleur ami de 15 ans dans un « esprit de vengeance ». De « violents » messages sur les réseaux sociaux démontrent que l’adolescent n’est pas tombé dans un « guet-apens », bien au contraire.

Publié le 26 nov. 2021
Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

C’est la théorie qu’a présentée vendredi la procureure de la Couronne Marie-Ève Vautier au procès de Théo, au palais de justice de Laval. Le procès du jeune homme, maintenant âgé de 18 ans, se tient depuis deux mois en Chambre de la jeunesse. Il est accusé du meurtre prémédité de Max*, adolescent de 15 ans mort poignardé au parc Marc-Aurèle-Fortin, dans le quartier Fabreville, à Laval, le 1er janvier 2020.

Le conflit entre les trois meilleurs amis, Théo et les frères Max et Peter*, s’est amorcé par un simple commentaire en ligne de l’un des frères à propos d’une camarade de classe qu’appréciait Théo. Or, ce dernier n’a pas digéré l’insulte. S’en est suivie une escalade de propos entre les amis sur les réseaux sociaux et une « multitude de menaces » lancées par Théo.

« Dès le 30 décembre, les menaces à l’endroit de [Max] sont sans équivoque et font référence à une arme », a plaidé MVautier. Théo a notamment écrit qu’il voulait « piquete » la victime. « Tu vas être le premier à manger avec mon nouveau jouet », a-t-il écrit deux jours avant le drame.

Selon la défense, Théo est plutôt tombé dans un « piège » tendu par les frères Max et Peter, alors qu’il croyait se réconcilier avec ses meilleurs amis. Les frères et deux complices lui ont donné une « raclée monumentale », le forçant à brandir un couteau pour « éloigner » les frères. Aucun témoin de la Couronne n’a d’ailleurs vu le coup fatal, a assuré vendredi l’avocat de la défense, MGuy Poupart, en plaidant minimalement la légitime défense.

« Ce n’est pas un guet-apens », a répété la procureure de la Couronne. Oui, la victime allait au parc en sachant qu’il y aurait des « échanges de coups », mais son objectif n’était pas de « foutre une raclée » à l’accusé. D’ailleurs, le seul qui avait une arme ce soir-là au parc est Théo, selon la poursuite.

« Il convoque dans des heures où il fait noir, où il n’y a personne. Il savait qu’il allait se battre avec les deux frères. Ce n’est pas un guet-apens, parce qu’il sait très bien qui est au parc », a fait valoir MVautier.

De plus, la preuve permet d’inférer que Théo a apporté les deux couteaux de cuisine très similaires retrouvés sur les lieux, a soutenu MVautier. Une conclusion rejetée par la défense, qui conclut au contraire que l’un des frères a tenu dans sa main l’un des couteaux. « L’ADN n’apparaît pas comme par magie », a plaidé MPoupart.

Le frère de la victime a admis au procès avoir menti aux policiers, a relevé la défense jeudi. « Oui, il a menti aux policiers, mais il a corrigé ce qu’il avait à corriger, et sa version, ensuite, n’a pas changé », a rétorqué MVautier, qui faisait équipe avec MMarie-Ève Dubeau.

La défense affirme que les témoins de la Couronne ont raconté des versions « en très grandes parties contradictoires ».

La Couronne poursuivra sa plaidoirie mercredi prochain devant la juge Catherine Perreault.

* Noms fictifs pour protéger l’identité des mineurs