(Québec) Au fil des ans, l’image publique de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a été tellement entachée que son patron se montre désormais disposé à la voir changer de nom, en arborant un nouveau « branding » pour espérer regagner la confiance de la population.

Mis à jour le 9 nov. 2021
Jocelyne Richer La Presse Canadienne

C’est ce qu’a indiqué mardi le commissaire de l’UPAC, Frédérick Gaudreau, en conférence de presse, en marge du dépôt du rapport annuel du corps policier chargé spécifiquement de lutter contre toute forme de corruption.

D’emblée, M. Gaudreau a reconnu que « la marche est haute » pour redorer le blason de son équipe, tout en se montrant confiant de pouvoir modifier la perception de la population envers le corps policier, si on lui laisse le temps requis pour effectuer les changements qu’il juge nécessaires pour assurer le bon fonctionnement de l’unité.

Créée il y a une dizaine d’années, l’UPAC doit-elle aller jusqu’à changer d’appellation pour améliorer sa réputation ? « C’est une question que je me pose à tous les jours », a convenu M. Gaudreau, qui se dit aussi ouvert à un nouveau « branding » si les parlementaires jugent que c’est nécessaire, voire à « recadrer » tant le mandat que la mission du corps policier.

Malgré les déconvenues et les nombreux ratés survenus ces dernières années, l’important à ses yeux consiste à maintenir en place un corps policier spécialisé et autonome pour enquêter sur la fraude et la corruption dans la sphère publique.

« Contres vents et marées », l’UPAC a un rôle à jouer, a insisté M. Gaudreau.

Notamment, le patron de l’UPAC n’a pas voulu élaborer sur l’enquête Mâchurer sur le financement possiblement illégal du Parti libéral du Québec (PLQ), qui s’éternise sans aboutir depuis des années, ni sur le fait que tout récemment deux limiers de l’UPAC ont dû être retirés de leurs fonctions pour leur conduite dans le dossier de l’ancien maire de Terrebonne Jean-Marc Robitaille, une situation ayant entraîné l’arrêt des procédures judiciaires. En conclusion d’un autre dossier controversé depuis des années, en juin, M. Gaudreau avait présenté des excuses publiques au député Guy Ouellette pour son arrestation injustifiée en 2017.

Il a dit comprendre l’impatience des gens, nombreux à se demander pourquoi certaines enquêtes, comme Mâchurer, n’entraînaient aucune accusation après plusieurs années de travail, mais demeuraient ouvertes malgré tout.

Dans le cas de Mâchurer, qui a fait l’objet de nombreuses fuites dans les médias, il s’est contenté de dire qu’il était bien conscient qu’il s’agissait de « l’éléphant dans la pièce », que les attentes pour obtenir des réponses étaient grandes en ce qui touche cette enquête « extrêmement complexe ». Ce n’est pas l’objectif d’étirer les délais, a-t-il dit, refusant de fixer une limite ou une échéance pour arriver à des conclusions dans ce dossier.

Quand il est arrivé en poste, en 2019, M. Gaudreau avait dit qu’un de ses objectifs consistait précisément à regagner la confiance du public, un lien de confiance « qui s’est effrité avec le temps ».

Le premier ministre François Legault a mis son grain de sel, en mêlée de presse, pour faire valoir que le gouvernement avait donné à l’UPAC les moyens d’embaucher du personnel et que, partant de là, il s’attendait « à des résultats dans les prochaines années ».

En mêlée de presse, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a réagi elle aussi aux propos du patron de l’UPAC en demandant à l’unité d’accorder plus d’importance à la communication avec le public. À propos de la suggestion de changer d’appellation, la ministre a dit qu’il fallait se préoccuper davantage du fond que de la forme.

La cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, a commenté la sortie du chef de l’UPAC en estimant qu’un changement de nom serait un geste purement « cosmétique », et en réclamant « des gestes beaucoup plus forts » pour améliorer le fonctionnement du corps policier.