Le 30 juin 2016, Guy Dion ne savait pas que des meurtres seraient commis chez lui et il n’a pas ensuite brûlé les corps des victimes, malgré ce que des conversations enregistrées à son insu peuvent laisser croire et malgré le témoignage d’un ancien tueur à gages de la mafia « qui n’est peut-être pas ancré dans la réalité ».

Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

MNellie Benoit, avocate de Guy Dion, ancien chef des pompiers volontaires de Saint-Jude, près de Saint-Hyacinthe, a ficelé la défense de son client vendredi, en égrainant un à un aux 12 membres du jury et au juge Éric Downs, de la Cour supérieure, les éléments de preuve qui peuvent paraître compromettants.

Dion et sa conjointe, Marie-Josée Viau, sont accusés d’avoir comploté et d’avoir participé aux meurtres de Vincenzo et de Giuseppe Falduto, commis par un tueur à gages de la mafia dans le garage de leur propriété de Saint-Jude. Deux ans et demi plus tard, le tueur à gages est devenu taupe pour la police et a ramené sur le tapis de Viau et Dion les meurtres des frères Falduto, en les enregistrant à leur insu.

Pas tout compris

MBenoit a dit au jury qu’il se peut que son client n’ait pas tout compris des conversations entre sa femme et le tueur à gages tenues à l’été 2019 et qu’il n’a pas consenti aux paroles de sa conjointe.

La criminaliste a plaidé que lorsque son client a demandé sur les enregistrements si Andrew Scoppa allait reprendre les affaires de son frère Salvatore assassiné en mai, Guy Dion voulait savoir s’il allait être payé pour l’entreposage des armes à feu et non pour les meurtres.

Elle a aussi argué que le tueur à gages lui-même, lorsqu’il a témoigné durant 15 jours, a déclaré que les meurtres des frères Falduto ne devaient pas se faire chez Marie-Josée Viau et Guy Dion et qu’ils ont été commis à leur insu.

MBenoit a ajouté que lorsqu’il a été question « de faire du bruit » sur les enregistrements, c’était pour couvrir le son des armes à feu qui ont été testées par la taupe à deux reprises près de leur propriété, et non pour les meurtres, l’avocate se demandant même devant les jurés si l’arme qui a tué les Falduto aurait pu être munie d’un silencieux, alors qu’il y en avait déjà d’entreposés dans le garage du couple Viau-Dion.

Quant à la théorie de la Poursuite voulant que le couple ait brûlé à ciel ouvert, durant des heures, les corps des deux victimes pour effacer les traces du crime, MBenoit a souligné que rien dans la preuve ne prouve que c’est le cas, et que son client a plutôt abandonné les corps des victimes et leur voiture chez un certain Guidou.

« Pourquoi M. Dion vous aurait-il menti sur le fait qu’il n’a pas brûlé les corps ? Quel avantage en aurait-il tiré dans le présent procès ? Je vous soumets que l’option d’amener les corps chez Guidou par rapport à les brûler ne change rien au prix des bananes. N’aurait-il pas été plus facile pour M. Dion de vous mentir ? », a lancé la criminaliste aux membres du jury.

Quant à des contradictions apparues dans les témoignages de Mme Viau et de son client, MBenoit a dit aux jurés que c’était normal, cinq ans après les évènements, et que « c’est lorsque c’est trop parfait qu’il faut se méfier ».

La taupe malmenée

MBenoit a expliqué que la présomption d’innocence était la seule défense d’un accusé contre « la puissance » de l’État, puissance qu’elle a imagée en énumérant les noms des 24 témoins appelés par la Poursuite dans ce long procès commencé le 31 mai dernier, des policiers surtout, et un ancien tueur à gages, un « assassin récidiviste qui n’a pas purgé un jour de prison pour ce qu’il a fait et qui a même été payé pour sa collaboration », a-t-elle dit.

La criminaliste n’a pas mâché ses mots envers ce témoin « qui s’est présenté comme une victime alors qu’il a commis trois meurtres ». MBenoit s’est demandée « s’il est ancré dans la réalité, s’il fabule ou s’il délire », et même s’il avait bien révélé tous ses crimes à ses policiers contrôleurs.

« Ce gars-là ne rigole pas, c’est un tueur dangereux qui pète des coches. L’esprit de cet homme est une toile de fils d’araignées difficile à comprendre », a dit MBenoit.

Celle-ci a affirmé que les versions du tueur sur le mobile du double-meurtre se contredisent et croit que « dans sa furie et ses pétages de coche », il a tué les Falduto de façon spontanée.

« Il n’y a jamais eu de plan de personne. C’est le tueur qui a disjoncté. Il a dégainé et a tiré. Et après avoir tué Vincenzo, il était trop tard et il fallait qu’il finisse la job (Giuseppe). Il n’y a jamais eu d’entente avec Guy Dion et Marie Josée Viau pour tuer les frères dans leur garage ».

« Est-ce habituel de vouloir payer un complice après un meurtre plutôt qu’avant ? Si le tueur tenait tant à donner 10 000 $ à Guy Dion et à Marie-Josée Viau après les meurtres, c’était pour les dédommager, pour avoir droppé les corps sur leur terrain », a poursuivi l’avocate.

« Dans sa déclaration d’ouverture, la Couronne vous a dit que sans l’aide de ce tueur à gages, la police n’aurait pu résoudre deux meurtres (les Falduto). Je vous pose la question : "sans ce tueur à gages, est-ce que les frères Falduto seraient encore en vie aujourd’hui ?" », a demandé MBenoit.

Selon elle, la Poursuite ne s’est pas déchargée de son fardeau de prouver hors de tout doute raisonnable que Guy Dion a comploté avec d’autres, a participé aux meurtres et en a même eu connaissance.

« Si vous avez à avoir un doute raisonnable dans votre esprit, vous devez l’avoir maintenant, durant vos délibérations, et non pas en buvant votre café un dimanche matin quand tout sera fini. Pour Guy, il n’y a pas de plus tard ou de deuxième chance, c’est maintenant. Dites vous que l’accusé est un citoyen à part entière comme vous. Guy Dion demande maintenant de rendre justice, rien de plus, rien de moins », a terminé MBenoit, après plus de trois heures de plaidoiries.

MMylène Lareau plaidera en faveur de Marie-Josée Viau lundi prochain puis ce sera ensuite le tour de la Poursuite représentée par MIsabelle Poulin et MKarine Cordeau du Bureau de la grande criminalité et des affaires spéciales du DPCP.

Pour joindre Daniel Renaud, composez-le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.