Le jury devrait commencer à délibérer jeudi au procès de Maxime Chicoine-Joubert, cet homme de 26 ans accusé du meurtre prémédité d’un passant de 18 ans poignardé dans le dos en pleine rue dans ce que la défense reconnaît comme un évènement « tragique, gratuit et insensé ».

Vincent Larouche
Vincent Larouche La Presse

La victime, Simon-Olivier Bendwell, est morte après avoir reçu un coup d’objet tranchant dans le dos, à l’angle des boulevards de Maisonneuve et Saint-Laurent, le 28 juillet 2019. Avec un ami, il marchait dans la rue et venait de croiser la route de Maxime Chicoine-Joubert, un homme dans la vingtaine agressif et intoxiqué.

Dans sa plaidoirie devant les jurés mardi, l’avocate de l’accusé, MMarie-Hélène Giroux, a repassé les éléments de preuve exposés devant la cour au cours des dernières semaines et souligné que les images de caméras de surveillance présentées à la cour ne montrent pas le moment où le coup fatal a été porté.

PHOTO COURTOISIE

Simon-Olivier Bendwell

Selon elle, la preuve ne permet pas de conclure hors de tout doute raisonnable que son client était armé et qu’il a frappé la victime au dos. Et même si les jurés devaient conclure qu’il l’a fait, ils devraient tenir compte du fait qu’il était trop intoxiqué pour avoir prémédité son geste et avoir agi de propos délibéré.

« La mort de Simon-Olivier Bendwell est un évènement tragique, gratuit et insensé », a martelé MGiroux, qui assurait la défense aux côtés de sa consœur MCynthia Payer.

« Mais Maxime Chicoine-Joubert ne peut pas être reconnu coupable des infractions simplement parce que sa mort doit être sanctionnée », a-t-elle souligné.

« C’est un cas particulier ici, parce que Maxime Chicoine-Joubert n’a aucun souvenir des évènements », dit-elle.

Elle a rappelé que l’accusé a raconté avoir consommé beaucoup d’alcool ainsi que de la cocaïne le soir fatidique. « Pensez-vous vraiment qu’un individu qui était saoul, vraiment saoul, va être en mesure de réfléchir à son projet, préméditer de tuer quelqu’un ? Est-ce quelqu’un qui va être capable d’évaluer la nature, les conséquences de son geste ? », a-t-elle demandé.

Poignarder pour évacuer sa colère

De son côté, la procureure de la couronne Katerine Brabant, représentait le ministère public aux côtés de MLouis Bouthillier, a terminé en soumettant au jury que la culpabilité de l’accusé est « la seule conclusion logique qui ressort de l’ensemble de la preuve ».

Elle a souligné que c’est l’accusé lui-même qui a fait le choix de boire ce soir-là, même si par le passé, il avait déjà constaté que l’alcool le rendait agressif. « Je vous soumets que l’accusé a décidé de s’intoxiquer alors qu’il savait très bien qu’il devenait agressif. Ce n’était pas une situation nouvelle pour lui », a-t-elle déclaré.

Après s’être disputé avec un commis dans un restaurant Subway, l’accusé serait parti dans la rue avec l’objectif de passer sa colère sur quelqu’un, a-t-elle avancé. Des caméras ont bien capté son attitude agressive.

« C’est ça le plan. Poignarder quelqu’un pour évacuer sa colère », a affirmé la procureure.

« Il a quand même choisi deux jeunes hommes qui sont chétifs », a-t-elle observé.

« Je vous soumets que l’accusé avait l’intention de commettre et a commis un crime d’une grande lâcheté contre une victime innocente et passive. Je vous soumets que la preuve a été faite que l’accusé a exagéré sa consommation d’alcool. Et je vous soumets que c’est dans l’objectif de se voir acquitté », a poursuivi MBrabant.

« Si Simon-Olivier était demeuré avec sa mère ce soir-là, je vous soumets que l’accusé aurait défoulé sa colère sur quelqu’un d’autre », a-t-elle conclu mercredi après-midi.

Le juge Marc-André Blanchard devrait donner ses directives aux jurés jeudi, puis les délibérations s'amorceront.