L’ex-président du Conseil jeunesse de Montréal-Nord Zakaria Zaki Rouaghi, expulsé en mai dernier pour des « propos haineux » visant la communauté juive, fait face à des accusations de port dissimulé d’un pistolet Glock chargé, de possession de documents de contrefaçon ainsi que de voies de fait et d’entrave contre deux agents de la paix.

Tristan Péloquin
Tristan Péloquin La Presse

M. Rouaghi avait reconnu, en entrevue avec La Presse en mai dernier, s’être fait saisir son passeport de 2013 à 2019 et avoir eu des rencontres avec le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), agence fédérale responsable de la lutte contre le terrorisme.

Le SCRS n’a voulu ni confirmer ni infirmer nos informations. « Le SCRS ne donne publiquement aucun détail sur ses enquêtes, ses intérêts opérationnels, ses méthodes et ses activités, pas plus qu’il ne diffuse de confirmations ou de dénégations les concernant », a affirmé son porte-parole John Townsend.

Le 15 août, Zakaria Zaki Rouaghi, 29 ans, a été arrêté par les policiers de Laval, puis libéré sous conditions en attente de son procès, contre le versement d’une caution de 3500 $ et un engagement de demeurer à son domicile 24 heures sur 24, sauf pour occuper un travail légitime rémunéré.

L’acte de dénonciation indique qu’il avait en sa possession une fausse pièce d’identité « dans l’intention de commettre une infraction reliée à l’emploi d’un document [de contrefaçon] » ainsi qu’une « arme de poing semi-automatique calibre 9 mm Luger de marque Glock modèle 19 chargée », qu’il portait dissimulée.

Il est également accusé de voies de fait et d’entrave au travail de deux agents de la paix. Il a plaidé non coupable à tous les chefs.

Véhicules de luxe

Il nous a été impossible de parler avec M. Rouaghi avant la publication de cet article. Le numéro de téléphone qu’il utilisait l’été dernier a été déconnecté, et son compte Instagram, désactivé peu après nos premières tentatives de contact après son arrestation. L’avocat dont le nom figure à son dossier de cour nous a indiqué ne pas avoir le mandat de le représenter pour la suite du procès.

Selon nos informations, M. Rouaghi a été arrêté à la suite de soupçons liés à l’utilisation de véhicules dont il n’était pas le propriétaire. Il a lui-même diffusé sur Instagram des vidéos en direct qui le montrent se faire interpeller par des policiers alors qu’il se trouvait à bord de véhicules de luxe, dans un cas une Mercedes-Benz, dans l’autre un Range Rover. Il se dit, dans une vidéo, victime de profilage racial et de harcèlement. « C’est des chiens, des animaux, ces policiers-là, les pires criminels. Ils n’ont pas de vie », a-t-il lancé.

M. Rouaghi a déjà été reconnu coupable de voie de fait et d’entrave contre un policier, en 2017.

En mai dernier, il a dirigé différentes manifestations anti-Israël au centre-ville de Montréal, qui ont mené à des altercations avec des policiers de l’escouade antiémeute.

Enquête du SCRS

M. Rouaghi avait confirmé, en mai, des informations provenant d’une source confidentielle, selon lesquelles il avait fait l’objet d’une enquête du SCRS et que son passeport lui avait été retiré. « J’ai récupéré mon passeport. J’ai reçu une lettre qui dit que le Canada n’a plus aucune raison de croire que je pourrais être une menace. Ils m’ont donné mon passeport et ils ont même proposé de me donner un passeport gratuit pour s’excuser de toute la peine », avait-il dit.

« Oui, le SCRS m’avait, pour aucune raison, demandé une enquête sur mon droit de voyager. Ce qui est arrivé, en fait, c’est que le SCRS a voulu que je travaille pour eux. On m’a proposé de l’argent, on m’a proposé des avantages, on m’a proposé des passeports VIP qui me donnaient accès aux États-Unis sans me faire fouiller. Sauf qu’en échange, on voulait que j’invente des choses sur les gens de ma communauté, mais j’ai refusé de le faire », a-t-il soutenu.

Ils voulaient que je témoigne contre des gens. Je n’ai jamais été accusé de quoi que ce soit dans ce dossier-là. Ils voulaient envoyer des gens en prison, et que je témoigne contre eux.

Zakaria Zaki Rouaghi, en mai dernier

M. Rouaghi a ajouté que, selon lui, le SCRS était un « groupe très, très, très criminel » qui a « participé à la torture de Canadiens en sol étranger ».

L’agence fédérale, de nature extrêmement discrète sur ses activités, a réagi à ces allégations en affirmant que « protéger la population canadienne dans le respect de la loi est une tâche que le SCRS prend très au sérieux ».

« Les informations inventées ou non corroborées ne sont d’aucune utilité pour ce qui est de faire avancer les enquêtes axées sur la sécurité nationale ou de protéger la population », a réagi le porte-parole John Townsend, questionné sur les propos de M. Rouaghi.

Expulsion du Conseil jeunesse de Montréal-Nord

Phil Gurski, ancien analyste du SCRS spécialiste de la radicalisation violente, aujourd’hui président de la firme de consultants en sécurité Borealis Threat, estime que les affirmations de M. Rouaghi au sujet de la façon dont le SCRS aurait tenté de le recruter soulèvent des doutes quant à la crédibilité de ses propos. « Quand vous travaillez dans un environnement rempli de mauvaises personnes et que vous devez recruter des informateurs, le plus difficile est de trouver des sources fiables. »

« Mon intuition me fait douter de ce qu’affirme [M. Rouaghi] », a-t-il dit.

PHOTO TIRÉE D’INSTAGRAM

Zakaria Zaki Rouaghi, ancien président du Conseil jeunesse de Montréal-Nord

Les propos agressifs à l’égard des juifs tenus par M. Rouaghi en mai lui ont valu d’être expulsé du Conseil jeunesse de Montréal-Nord (CJMN), organisme consultatif dont les membres sont nommés par les élus. M. Rouaghi en avait été élu président deux mandats successifs par ses pairs.

Jusqu’à la fin de septembre, le compte Instagram de M. Rouaghi continuait de le décrire comme président du CJMN. L’arrondissement de Montréal-Nord confirme cependant que M. Rouaghi n’a plus participé aux réunions de l’organisation après son expulsion.

« Pendant environ deux semaines, M. Rouaghi a dirigé un groupe de manifestants qui a participé à une vague d’affrontements qui étaient sans précédent pour la communauté juive montréalaise. Les manifestants criaient dans les rues des slogans comme Allahu Akbar (Allah est le plus grand), qui sont davantage associés à l’islamisme qu’aux manifestations pro-Palestine », affirme David Ouellette, directeur du Centre consultatif des relations juives et israéliennes.