Quatre ans après avoir été reconnu coupable du meurtre prémédité de Clémence Beaulieu-Patry, cette jeune femme sauvagement assassinée dans un Maxi, Randy Tshilumba a tenté de convaincre la Cour d’appel jeudi de le déclarer non criminellement responsable pour cause de troubles mentaux.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

Le meurtre de Clémence Beaulieu-Patry avait choqué le Québec en avril 2016. La femme de 20 ans avait été poignardée devant des témoins, alors qu’elle travaillait dans un supermarché Maxi du quartier Saint-Michel. Son assassin, un ex-camarade de classe qu’elle connaissait à peine, s’était caché toute la nuit dans les toilettes d’un Tim Hortons après le meurtre.

La santé mentale de Randy Tshilumba s’est ensuite retrouvée au cœur de son procès à l’automne 2017. Le jeune homme prétendait que Clémence Beaulieu-Patry et ses quatre meilleures amies l’espionnaient et cherchaient à le tuer depuis des mois. Il avait témoigné avoir fait une « bonne action » en tuant la victime, puisque celle-ci s’apprêtait à « sortir un gun » pour tuer des clients du Maxi.

Un « délire » complet produit par un « cerveau malade », avait plaidé la défense. Pour renforcer la thèse des troubles mentaux, deux psychiatres de la défense avaient d’ailleurs conclu à des diagnostics distincts de « schizophrénie » et de « trouble délirant ». Or, le jury a écarté cette défense de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux.

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Clémence Beaulieu-Patry

Les jurés ont plutôt été convaincus par la théorie de la Couronne qui décrivait un homme « conscient » de son geste, au point d’avoir apporté des vêtements de rechange pour « modifier son apparence ». Selon la poursuite, Clémence Beaulieu-Patry avait refusé les avances de Randy Tshilumba, une semaine avant le meurtre. Le meurtrier s’était même rendu à trois reprises au Maxi avant de tuer la jeune femme.

Un verdict « déraisonnable », plaide la défense

Devant la Cour d’appel du Québec jeudi, MJulie Giroux a demandé aux juges d’annuler le verdict de culpabilité et de déclarer Randy Tshilumba non criminellement responsable. Autrement, la défense réclame d’ordonner la tenue d’un nouveau procès.

Aux yeux de la défense, le jury a rendu un verdict « déraisonnable », compte tenu des conclusions non contredites des deux psychiatres. La Couronne n’avait en effet présenté aucune expertise de santé mentale. Il est « étrange », voire « peu probable » que le jury ait « complètement écarté » les diagnostics des experts, a affirmé Me Giroux.

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Randy Tshilumba prenant la fuite après le meurtre

Le juge Guy Cournoyer s’est alors demandé si cette « situation inusitée » rendait réellement impossible un tel verdict de la part du jury. « Les jurés pouvaient rejeter leurs témoignages, ce qui ne fait pas un verdict déraisonnable », a ajouté le juge. Pour conclure à un verdict déraisonnable, le fardeau est d’ailleurs « extrêmement exigeant », selon le juge Cournoyer.

« C’est toujours au jury d’évaluer l’opinion des experts. Il faut que le jury l’adopte », est intervenu MRobert Benoît, procureur de la Couronne.

Selon la défense, plusieurs erreurs de la juge Hélène Di Salvo dans ses directives au jury justifieraient aussi qu’on annule le verdict de culpabilité.

La Cour d’appel a pris le dossier en délibéré.