Deux bouteilles de vodka, une quinzaine de consommations alcoolisées, de la cocaïne à profusion : Maxime Chicoine-Joubert était tellement intoxiqué qu’il ne conserve aucun souvenir des évènements qui ont mené à la mort de Simon-Olivier Bendwell. « Je sais que je n’étais pas armé. […] Ce n’est pas dans mon caractère habituel. Je suis réservé », s’est-il défendu mercredi.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

Le Montréalais de 26 ans est accusé du meurtre prémédité de Simon-Olivier Bendwell, un étudiant de 18 ans poignardé dans le dos, le 28 juillet 2019, dans le Quartier des spectacles à Montréal. Selon la Couronne, Maxime Chicoine-Joubert a poignardé la victime dans une explosion de « colère et d’agressivité », tout juste après avoir invité l’employé d’un restaurant à se battre.

D’emblée, Maxime Chicoine-Joubert a révélé au jury avoir été condamné à deux reprises à un an de prison pour des accusations de possession de drogue en vue d’en faire le trafic. À cette époque, le soudeur consommait quotidiennement du cannabis et buvait des quantités importantes d’alcool.

« J’avais certains souvenirs que j’essayais de noyer », explique-t-il. Visiblement ébranlé, il confie être rongé par la « culpabilité » depuis le suicide de son père, à l’âge de 18 ans. « Il me suppliait, ostiil me suppliait de faire des sorties… et je ne suis pas allé… », lâche-t-il, la voix étranglée par l’émotion. C’est ce choc qui l’a poussé à prendre de « mauvaises décisions », et, au bout du compte, à la prison, ajoute-t-il. « Consommer, pour moi, c’était comme mon médicament », illustre-t-il.

Le jour fatidique, Maxime Chicoine-Joubert et son ami Jean-Philippe Dumaine se rendent au Quartier des spectacles. En quelques heures, les deux hommes enfilent des cocktails, du cognac et consomment de la cocaïne aux toilettes. Ce soir-là, l’accusé affirme avoir pris « quatre ou cinq sacs de cocaïne » apportés par M. Dumaine.

CAPTURE D’ÉCRAN TIRÉE D’UNE VIDÉO DÉPOSÉE EN COUR

L’accusé, Maxime Chicoine-Joubert (à gauche), avec ses deux amis, Éric Pierre-Louis (au centre) et Jean-Philippe Dumaine, le soir du meurtre

Rejoint par un autre ami, le trio poursuit les célébrations dans un autre bar. L’alcool coule à flots. Les trois hommes se rendent ensuite au restaurant Subway une première fois. L’accusé échange alors des insultes avec un employé. « On parlait fort, on le dérangeait. Il nous a dit de nous taire. Ça manquait de professionnalisme », explique-t-il.

Pendant la soirée, le trio boit une bouteille de vodka, puis en commande une seconde. Or, le bar ferme plus tôt que prévu. Maxime Chicoine-Joubert boit donc « le plus » de vodka possible avant de partir. C’est à ce moment de la soirée que l’accusé ne garde plus aucun souvenir.

Selon la preuve, Maxime Chicoine-Joubert est retourné au Subway avec M. Dumaine vers 23 h 30. L’accusé était alors particulièrement menaçant. « Viens te battre ! Je suis un caïd ! », s’est-il emporté, selon le commis, apeuré.

Les deux visites de Maxime Chicoine-Joubert au Subway sont au cœur du procès, puisque le meurtre est survenu dans les secondes qui ont suivi son départ du restaurant. Sur le boulevard Saint-Laurent, Maxime Chicoine-Joubert a pris au collet un jeune homme qui marchait avec son ami, Simon-Olivier Bendwell.

Pendant l’empoignade, Alexander Fitchev a distingué dans la main droite de son agresseur un « objet brillant de six pouces, mince et long ». Cet objet serait le couteau utilisé pour tuer Simon-Olivier Bendwell, selon la Couronne.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

La procureure de la Couronne, MKaterine Brabant (à gauche en toge), et les avocates de la défense, MMarie-Hélène Giroux (au centre) et MCynthia Payer (à droite).

Dans les jours suivants, Maxime Chicoine-Joubert a fait plusieurs recherches sur l’internet, dont « meurtre second degré » et « homicide alcool ». Il explique avoir fait ces recherches pour s’enquérir du sort d’un ami rencontré en prison qui venait d’être condamné à un homicide involontaire.

Son interrogatoire, mené par MMarie-Hélène Giroux, se poursuit jeudi.