La direction du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) annoncera jeudi son plan de lutte contre les violences par armes à feu qui prévoit notamment la création de deux nouvelles escouades, a appris La Presse.

Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

Ces deux escouades, baptisées Équipes multisectorielles dédiées aux armes à feu (EMAF), seront cantonnées dans les secteurs sud-ouest et nord-est de l’île et devraient être opérationnelles à compter du 22 novembre.

Selon nos informations, elles se consacreraient principalement aux crimes initiés, c’est-à-dire aux crimes d’armes à feu sans plaignant, dont les informations ont été obtenues par l’entremise de sources.

Elles relèveront de la Division du crime organisé (DCO) du SPVM et leur mandat ne serait pas sans rappeler celui des escouades Crimes de violence (CDV) disparues en 2019 et qui avaient elles-mêmes été mises sur pied après la dissolution d’autres escouades régionales, les escouades Gangs de rue, éteintes en 2016.

Depuis environ deux ans, les secteurs de Montréal-Nord et de Rivière-des-Prairies, dans le nord-est de Montréal, ont été le théâtre d’une importante proportion des évènements de décharge d’armes à feu survenus dans la métropole, notamment en raison d’un violent conflit qui oppose deux gangs, les Profit Boys (ou Profit Kollectaz) et les Zone 43. Dans le sud et l’ouest également, les évènements de coups de feu ont augmenté, particulièrement depuis un an.

On ignore le nombre d’enquêteurs qui feront partie de ces deux nouvelles escouades, mais déjà, certaines sources appréhendent que les effectifs soient trop peu nombreux.

On nous dit que leur création ne touchera en rien les équipes Stupéfiants que l’on retrouve déjà dans les quatre régions du SPVM – qui relèvent également de la DCO –, que celles-ci continueront leurs opérations normalement et qu’elles pourront, au besoin, appuyer les EMAF, tout comme les enquêteurs des crimes généraux.

Les membres des nouvelles EMAF s’attaqueront d’abord aux crimes de violence dans la rue. La lutte contre le trafic d’armes sera plutôt dévolue aux neuf enquêteurs du SPVM qui grossiront les rangs de l’Équipe intégrée de lutte au trafic d’armes (EILTA), qui fait partie de l’opération Centaure, vaste stratégie provinciale de lutte contre les violences avec armes à feu annoncée vendredi dernier par la ministre de la Sécurité publique du Québec, Geneviève Guilbault.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique du Québec, lors de l’annonce de la mise sur pied de l’opération Centaure, le 24 septembre dernier

Les membres des deux nouvelles escouades EMAF devront toutefois informer les responsables de l’opération Centaure chaque fois qu’eux ou tout autre policier du SPVM saisiront des armes à feu, dans un souci de partage d’informations et de coordination des enquêtes sur les fournisseurs et les importateurs d’armes à feu.

Récemment, le SPVM a obtenu de Québec une somme de 7 millions de dollars qui l’aidera à financer des postes que ses policiers occuperont dans des escouades mixtes ou spécialisées.

Rappelons qu’à la fin d’août, la Ville de Montréal a annoncé une enveloppe de 5,5 millions en argent frais qui se traduira par l’embauche de 42 nouveaux policiers qui iront gonfler les rangs de l’escouade Éclipse, spécialisée dans la collecte de renseignements sur le crime organisé et les gangs de rue, et dans la surveillance des établissements licenciés. Ces nouveaux membres d’Éclipse devraient arriver en deux vagues, en octobre et en novembre.

Il y a quelques jours, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a annoncé un plan de sécurité publique dans la métropole de 110 millions sur quatre ans, mais on ignore de quelle façon cette somme sera ventilée.

« Une grande erreur »

Au cours des dernières semaines, de nombreux policiers ont communiqué avec La Presse pour exprimer leur mécontentement envers les changements successifs survenus au sein des escouades régionales depuis 2016 ou leurs inquiétudes, ou les deux, en ce qui concerne leur rôle à venir au sein de la superstructure de l’opération Centaure, qui relève de la Sûreté du Québec (SQ).

Les enquêteurs dans les régions ne veulent plus de changement et aspirent à une certaine stabilité. D’autres déplorent la disparition des escouades Gangs de rue et souhaitent le retour de ces enquêteurs spécialisés dans la connaissance des gangs, le recrutement des sources et la collecte d’informations.

« Ce fut une grande erreur. Depuis 2016, les actes de violence causés par les gangs de rue ont augmenté à Montréal, et ce n’est pas une coïncidence », nous a dit une source.

Les policiers déplorent également que, chaque fois qu’une nouvelle escouade est créée pour lutter contre une problématique, on lui affecte des ressources provenant d’une autre équipe, et « qu’on déshabille Paul pour habiller Pierre » ou « qu’on agrandit toujours par en dedans », comme aime le dire le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, Yves Francœur, tellement il y aurait actuellement un manque de ressources au SPVM ou que des enquêteurs en auraient assez d’effectuer des heures supplémentaires.

Les enquêteurs affirment que la lutte contre ces gangs armés est plus difficile « parce que ces jeunes qui font partie de groupes désorganisés n’écoutent plus les membres du crime organisé qui auraient eu assez d’influence pour calmer les violences ».

Nos sources soulignent qu’il y a eu des centaines de départs à la retraite au cours des dernières années, tant au SPVM qu’à la SQ, et que les enquêtes sont menées avec de nombreux jeunes enquêteurs moins expérimentés.

Même s’ils sont favorables à l’opération Centaure, qu’ils croient qu’une stratégie provinciale est nécessaire et qu’ils veulent en faire partie, les enquêteurs du SPVM affirment qu’ils sont les mieux placés et qu’ils ont les meilleures connaissances pour combattre les violences par armes à feu sur leur territoire.

Ils s’attendent à ce que des enquêteurs du SPVM ne veuillent pas faire partie de l’EILTA et travailler partout au Québec, et que l’inverse soit aussi vrai, que des enquêteurs de la SQ ne veuillent pas travailler à Montréal. Ils parlent également des différences de culture entre les deux organisations policières.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

155 : Nombre de fusillades survenues à Montréal depuis le début de 2021

Source : compilation effectuée par La Presse

400 : Nombre d’armes à feu ayant servi lors de crimes qui ont déjà été saisies par les policiers du SPVM en date du 31 août dernier

Source : SPVM