Un arpenteur de Châteauguay qui a épié pendant huit ans des dizaines de femmes et d’enfants dans leur intimité à l’aide d’un « puissant téléobjectif » a été condamné à trois ans de détention. Une adolescente de 14 ans filmée dans sa chambre par Sylvain Desparois vit depuis avec une peur permanente.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

« Les actions du délinquant sont répugnantes et odieuses. […] Il s’immisçait dans l’intimité des victimes, violait leur vie privée sans scrupule et enregistrait les scènes qui le satisfaisaient sexuellement. Il patientait et observait longuement ses victimes dans l’espoir d’ultimement la voir nue et d’obtenir de meilleures images », a tranché mercredi le juge Serge Delisle au palais de justice de Longueuil.

Le voyeur de 52 ans avait été reconnu coupable en mars dernier d’accusations de voyeurisme, de production et de possession de pornographie juvénile, d’actions indécentes et d’avoir été nu en public. Au procès, Sylvain Desparois prétendait avoir « croqué des moments de vie » sans aucun but sexuel. Une version minimisant ses gestes qui a été rejetée par le juge.

Appareil photo muni d’un puissant téléobjectif, caméra sportive, perche artisanale : Sylvain Desparois avait recours à toutes sortes d’outils pour filmer ses victimes à leur insu. Parmi celles-ci, il a particulièrement traumatisé une adolescente de 14 ans, observée subrepticement par la fenêtre de sa chambre pendant des jours à travers les ouvertures de ses stores mal fermés.

Sylvain Desparois devait s’accroupir près de son cabanon pour observer sa victime, ce qui ne l’a pas empêché d’épier l’adolescente pendant des heures en fin de soirée. À certains moments, le voyeur se caressait sans se soucier d’être vu, selon un témoin. Traumatisée, cette adolescente doute maintenant « constamment » de sa sécurité et se méfie « toujours des hommes ».

Pendant huit ans, Sylvain Desparois a observé des femmes et des adolescentes à des dizaines, voire des centaines de reprises. Que ce soit des femmes en sous-vêtements, des adolescentes en bikini dans une piscine, une mère qui allaite ou de jeunes filles dans des jeux d’eau.

À une occasion, l’accusé a réussi à filmer une voisine à l’aide d’une caméra sportive fixée au bout d’un bâton. Le voyeur a fait de « gros efforts pour voir par une petite ouverture de la fenêtre de la chambre », résume le jugement. Sylvain Desparois s’est aussi filmé à plusieurs reprises alors qu’il se livrait à des activités sexuelles.

La procureure de la Couronne, MSuzanne Hébert, réclamait quatre ans d’emprisonnement, contre 15 mois pour l’avocat de la défense, MStéphane Blondin.

Le juge Delisle a relevé de nombreux facteurs aggravants pour justifier l’imposition d’une peine de trois ans de détention, notamment la longue durée des crimes (huit ans) et le nombre de victimes, incluant plusieurs enfants. De plus, Sylvain Desparois présente toujours un risque de récidive « élevé », alors qu’il continue de minimiser ses crimes, estime le juge.

« Il ne se limitait pas à observer ses victimes : il les enregistrait sur support numérique, dans des endroits où elles pouvaient espérer la plus grande des attentes à la vie privée. […] Les faits sont beaucoup plus odieux que la plupart des cas de jurisprudence », conclut le juge Delisle pour justifier la « longue période » de détention imposée.

S’il est décrit comme un arpenteur de profession, notons que Sylvain Desparois ne fait pas partie de l’Ordre des arpenteurs-géomètres du Québec.