Six individus arrêtés cette semaine et soupçonnés de trafic d’armes à feu illégales ont été pris sur le fait à vendre leur marchandise à un client qui était en réalité un agent double du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), a appris La Presse.

Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

Selon nos informations, quatre transactions ont été réalisées entre mai et septembre entre cet agent double et l’un des suspects, qui serait lié aux Profit Boyz, gang de rue du secteur Rivière-des-Prairies dans le nord-est de Montréal, impliqué depuis plusieurs mois dans un conflit sanglant avec un groupe ennemi.

D’après nos renseignements, les armes de poing, des pistolets et revolvers sur lesquels apparaîtrait un numéro de série et dont les canons seraient courts, auraient été vendus au faux client 6000 $ ou plus chacun.

Si l’on se fie aux actes d’accusation, les armes et pièces d’équipement seraient un pistolet Beretta 9 mm, un pistolet Sig Sauer de calibre.40, un revolver Smith & Wesson de calibre 38, un pistolet semi-automatique FN de calibre 45, un revolver Taurus 357 magnum et un chargeur à haute capacité.

Des stupéfiants, puis des armes

Ce sont des informations obtenues par les enquêteurs de la défunte Équipe de lutte au trafic d’armes (ELTA) du SPVM qui ont permis de lancer l’enquête. Au départ, ce sont des stupéfiants qui auraient fait l’objet de transactions entre les suspects et l’agent double. Par la suite, l’enquête se serait transportée sur les réseaux sociaux, très prisés des vendeurs d’armes prohibées, et des arrangements auraient été pris pour concrétiser les ventes d’armes à feu.

Mais durant l’enquête, en août, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault a annoncé l’union des forces policières dans la lutte au trafic d’armes à feu illégales et l’ELTA a laissé place à l’Équipe intégrée de lutte au trafic d’armes (EILTA), composée principalement d’enquêteurs du SPVM et de la Sûreté du Québec, mais chapeautée par cette dernière.

Mercredi, les enquêteurs de l’EILTA ont effectué 11 perquisitions dans des domiciles et des véhicules à Montréal, Terrebonne, Mirabel et Drummondville, et arrêté les six suspects.

Les policiers ont saisi six armes à feu : quatre armes de poing de marques Smith & Wesson, Taurus, Sig Sauer et Kahr, un fusil à canons superposés de calibre 12 de marque Baïkal et une carabine semi-automatique Cooey de calibre 22.

Ils ont aussi mis la main sur des chargeurs à haute capacité et des munitions, plus de 30 grammes de cocaïne, quelques livres de haschisch, des comprimés dont l’analyse reste à faire et plus de 3000 $ en argent canadien.

Les suspects toujours détenus

Les six individus arrêtés sont Akim Bilodeau Joseph, 22 ans, de Montréal, Williamson Charles, 24 ans, de Drummondville, Alexandre Lafontaine, 21 ans, de Terrebonne, Réginald Alexis, 30 ans, de Montréal, Rachad Mahrez, 28 ans, de Montréal, et Tommy Pilotte, 22 ans, de Mirabel.

Ils ont été accusés de différents chefs liés à la vente et à la possession d’armes à feu, et à la possession de stupéfiants, jeudi et vendredi, au palais de justice de Montréal. Ils demeurent détenus au moins jusqu’à leur retour en cour prévu mercredi prochain, pour la forme.

D’après nos informations, Williamson Charles serait un membre des Profit Boyz et un grand ami d’Andrew Luberisse, alias Ali Baba, influent membre des gangs d’allégeance rouge du nord-est de Montréal, alors qu’Akim Bilodeau Joseph serait une relation des Profit Boyz. Ce dernier a été condamné à 18 mois d’emprisonnement pour possession d’arme en novembre 2019 et était sous le coup d’une interdiction de posséder une arme durant 10 ans.

Les Profit Boyz sont engagés depuis plus d’un an dans un conflit contre un autre gang d’allégeance rouge, les Zone 43, et cette querelle constitue la trame de fond de plusieurs évènements marqués par des coups de feu à Montréal depuis 2019.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.