Dépeint comme un prédateur sexuel par la comédienne Patricia Tulasne, qui le poursuit pour 1,6 million au civil, Gilbert Rozon contre-attaque en la poursuivant à son tour pour atteinte à sa réputation et jure qu’elle avait à son égard « une attitude charmeuse ».

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

L’ex-magnat de l’humour conteste l’allégation d’agression sexuelle de la comédienne Patricia Tulasne et poursuit cette dernière pour 150 000 $. Gilbert Rozon a déposé mercredi au palais de justice de Montréal un document judiciaire dans lequel il « conteste vigoureusement toute allégation de [Patricia Tulasne] à l’effet qu’il aurait agressé sexuellement et/ou “brutalement violé” à quelque moment que ce soit [Mme Tulasne] ».

Dans sa défense, M. Rozon dit avoir eu une relation intime avec la comédienne, mais que « celle-ci était consensuelle et qu’en aucun temps il n’a usé de menaces et/ou de violence, pas plus qu’il ne l’a contrainte d’une quelconque façon ».

En avril dernier, Patricia Tulasne a intenté une poursuite de 1,6 million contre M. Rozon, affirmant qu’il l’avait agressée sexuellement en août 1994. L’évènement se serait produit alors qu’elle jouait dans la pièce de théâtre Le dîner de cons, présentée au Festival Juste pour rire.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

La comédienne Patricia Tulasne, en 2019

Dans sa défense, Gilbert Rozon affirme que Patricia Tulasne avait « une attitude charmeuse » à son égard après la « relation intime » et « ne se positionnait d’aucune façon comme une victime d’agression sexuelle ».

Mme Tulasne déclarait toutefois dans sa poursuite déposée au printemps qu’elle aurait eu des idées noires après les évènements et aurait quitté son conjoint et son appartement montréalais.

Selon M. Rozon, la comédienne fait référence dans sa poursuite à de nombreux faits sans lien avec sa propre réclamation, dont une condamnation criminelle survenue en 1998. En l’accusant d’être un prédateur sexuel qui agresse des victimes depuis 40 ans, Mme Tulasne porte des « accusations graves et sans fondement » dans le seul but de « salir » sa réputation, soutient-il.

L’ex-magnat de l’humour réclame 125 000 $ en « dommages non pécuniaires occasionnés par cet abus de droit de [Patricia Tulasne], tels que troubles et inconvénients, atteinte [à] la réputation et dommages moraux ». Il réclame également 25 000 $ en dommages punitifs « vu le caractère intentionnel et abusif des allégations gratuites et diffamatoires contenues à la procédure judiciaire de [Mme Tulasne] ».

Contactés par La Presse, les avocats de la comédienne n’ont pas voulu formuler de commentaire. Les avocats de M. Rozon n’ont pas donné suite à notre demande d’entrevue.

Patricia Tulasne accusée d’avoir « utilisé sa tribune »

Dans le document judiciaire, Gilbert Rozon affirme que Patricia Tulasne « a utilisé la tribune » offerte par le mouvement #metoo et le collectif Les Courageuses pour lui « nuire intentionnellement ».

Rappelons qu’à l’automne 2017, Patricia Tulasne et huit autres femmes avaient dénoncé des agressions qu’elles disaient avoir subies de la part de Gilbert Rozon, dans la foulée du mouvement #metoo. Plusieurs plaintes avaient été déposées au Service de police de la Ville de Montréal, dont une de Mme Tulasne. Celle de viol et attentat à la pudeur à l’endroit d’Annick Charette avait été la seule retenue par le Directeur des poursuites criminelles et pénales. M. Rozon a été acquitté en décembre 2020 dans cette affaire.

Mme Tulasne est aussi membre du collectif Les Courageuses, qui a déposé en novembre 2017 une demande d’autorisation d’exercer une action collective. Cette action visait à représenter toutes les personnes qui auraient été agressées ou harcelées sexuellement par Gilbert Rozon. La Cour suprême du Canada a rejeté cette demande en novembre 2020.