Reconnu coupable de tentative de meurtre après un assassinat raté, Hensley Jean doit être emprisonné à vie, à cause de son mépris « révoltant » pour la vie humaine et pour dénoncer la banalisation de l’usage des armes à feu par les gangs de rue à Montréal, qui crée un sentiment d’insécurité dans la population.

Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

C’est ce qu’a tenté de démontrer MSteve Baribeau, procureur aux poursuites criminelles et pénales, mardi au palais de justice de Saint-Jérôme, lors de sa plaidoirie au sujet de la peine à imposer à Hensley Jean, un homme de Montréal-Nord reconnu comme étant membre d’un gang.

Selon MBaribeau, le tribunal doit envoyer un message clair aux gangs de rue en imposant une peine sévère à Jean.

« Dans cette période de chaos où règnent la peur et l’insécurité, si le public perd confiance envers les tribunaux, où s’en va la société ? Si des gens se servent des armes à feu selon leur humeur, pour rien, avec méchanceté, pour tuer, avec un mépris absolu pour nos lois, pour la vie humaine et pour la sécurité du public, où s’en va la société ? », a demandé le procureur.

« Ne sous-estimez pas l’importance et l’impact de votre décision sur la confiance du public », a-t-il ajouté, en s’adressant à la juge Hélène Di Salvio, qui a présidé le procès devant jury et qui doit maintenant imposer la sentence à Hensley Jean.

« Pas foutu de vérifier qu’il tirait sur la bonne personne ! »

Le 3 juin 2019, dans un quartier résidentiel de Saint-Eustache, devant une résidence cossue, Hensley Jean a tiré deux balles dans le dos de Samuel Indig avec un pistolet artisanal de 16 pouces. Si le pistolet ne s’était pas enrayé, la victime serait probablement morte.

Or, il s’agissait d’une erreur sur la personne : Samuel Indig avait emménagé deux jours plus tôt dans cette maison avec sa famille.

« L’opération qui a eu lieu le 3 juin 2019 est un meurtre au premier degré raté. Ce crime a été commis par quelqu’un qui a agi avec une méchanceté gratuite, avec une insouciance et un mépris peu communs pour la vie humaine : pas foutu de vérifier qu’il tirait sur la bonne personne ! », a lancé MBaribeau.

« Sa culpabilité morale ne peut être plus élevée. Son mépris pour la vie humaine est choquant et révoltant, et mérite d’être dénoncé haut et fort. »

Il est inhabituel de demander une peine d’emprisonnement à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant sept ans, pour une tentative de meurtre, a admis le procureur.

« On ne se le cachera pas, ça sort des sentiers battus. C’est une suggestion qui arrive rarement, seulement dans des cas exceptionnels. Mais nous sommes en présence de l’un de ces rares cas », a souligné MSteve Baribeau.

Si M. Indig était décédé, la loi aurait dicté une peine de prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans, a-t-il rappelé. « Il ne faudrait pas trop donner de récompense à l’accusé parce que la victime n’est pas décédée. Sa turpitude morale n’est pas moindre à cause de ce concours de circonstances unique et incroyable. »

Le complice de Jean, Gérard Sterling III, a été condamné à 10 ans de pénitencier l’automne dernier pour son implication dans ce crime.

La plaidoirie de MBaribeau, qui était assisté de MVanessa Dorval, se poursuit mercredi. Elle sera suivie de celle de MNoémi Tellier et MMarion Burelle, qui représentent Hensley Jean.