(Contrecœur) « Je ne souhaite à aucune mère de vivre ça. C’est terrible. J’ai failli perdre un de mes bébés », raconte Jessica*, la mère d’un enfant de 9 ans qui a été atteint par un projectile lors d’une fusillade, à Contrecœur. Son témoignage, livré à La Presse, glace le sang.

Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse

Le dimanche 22 août, la soirée est chaude et Jessica vient de finir de donner le bain à ses deux fils âgés de 5 et 9 ans. La famille s’apprête à faire une promenade avant l’heure du coucher avec le chien qu’elle garde.

« On s’est retrouvés au mauvais endroit, au mauvais moment », laisse tomber Jessica, qu’on ne peut pas nommer en raison d’une ordonnance de non-publication de la cour.

La mère de famille se trouvait à l’avant de son terrain quand elle a vu un voisin de son quartier sortir de sa camionnette, armé d’une carabine, raconte-t-elle. Elle a d’abord eu le réflexe de s’approcher de lui pour tenter de le raisonner. Mais en voyant son regard hagard, elle a compris qu’elle n’arriverait pas à le calmer. Elle s’est tournée vers ses fils pour les protéger. C’est là qu’elle a entendu la première détonation.

La femme de 31 ans a agrippé son fils le plus jeune. « Je courais avec lui et je n’arrêtais pas de me dire : “Crime, j’ai un autre fils. Il faut que je le sauve lui aussi” », raconte-t-elle.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

« Crime, j’ai un autre fils. Il faut que je le sauve lui aussi », se disait Jessica tandis qu’elle prêtait assistance à son fils le plus jeune.

La mère de famille a ordonné à son cadet de courir vers le fond de la cour, où un passage mène à la maison des voisins. Elle voulait qu’il demande de l’aide et qu’il se cache à l’intérieur de la résidence.

Elle a rejoint son fils aîné et l’a hissé par-dessus la clôture des voisins.

Quand je l’ai soulevé, il s’est mis à hurler de douleur. Je me suis rendu compte que j’étais pleine de sang. Et lui aussi.

Jessica, dont le fils a été atteint par balle, à Contrecœur

« Mes garçons, c’est toute ma vie. Je ne vis que pour eux », souffle Jessica, encore bouleversée.

Le garçon de 9 ans a reçu la balle en plein milieu de la cuisse. Celle-ci est ressortie à l’arrière de la jambe. Depuis la fusillade, une pensée tourmente Jessica : et si le projectile était arrivé quelques centimètres plus haut ?

« Pour chasser le chevreuil »

Jessica ne s’en cache pas. Elle aime les jeux vidéo dans lesquels il y a des armes à feu. « Mais dans la vraie vie, c’est non », clame-t-elle.

« Ton fusil, tu t’en sers pour chasser le chevreuil, pour nourrir ta famille […] Tu n’es pas plus un homme parce que tu as un gun », ajoute-t-elle.

Jessica habite le même appartement, au sous-sol d’une maison unifamiliale, depuis la naissance de son deuxième fils, il y a cinq ans. Elle a choisi ce quartier de Contrecœur, fait de maisons mobiles et de constructions neuves, précisément pour sa tranquillité. Son logis se trouve devant un parc, de surcroît.

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« Tu n’es pas plus un homme parce que tu as un gun », laisse tomber Jessica.

Mais la soirée du 22 août a tout changé.

Quand le garçon de 9 ans, celui qui a été blessé, entend une voiture bruyante comme celle du suspect, il panique. Même chose quand les menuisiers qui construisent une nouvelle maison, à trois terrains de chez eux, utilisent leurs cloueuses.

« Au moins, pour les guns à clou, j’ai pu le prendre par la main, lui montrer, lui expliquer d’où venait le bruit », raconte Jessica.

Son fils aîné ne veut pas revenir sur les évènements. Son plus jeune, lui, a besoin d’en parler. Il se colle beaucoup sur sa mère depuis les derniers jours. Jessica, elle, essaie de ne pas trop repenser à la fusillade parce que chaque fois, elle revoit le regard apeuré de ses enfants, le chien fou qui court partout avec une trottinette coincée dans la laisse. Et elle entend les cris d’horreur des passagers de la voiture visée.

J’essaie de ne pas trop y penser parce que ça me démolit. Je m’effondre.

Jessica, sur la fusillade survenue le 22 août dernier

La famille reçoit d’ailleurs un service d’aide psychologique de la Commission d’indemnisation des victimes d’actes criminels.

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Physiquement, l’enfant guérit bien et il ne devrait pas avoir besoin de physiothérapie.

Physiquement, la plaie de l’enfant guérit bien et celui-ci ne devrait pas avoir besoin de physiothérapie. Mais Jessica a l’impression que la jambe de son fils est toujours froide, « comme si elle était morte ».

« Tous les deux jours, je change le pansement de mon fils. Je m’assois parce que mes jambes deviennent molles. Quand je finis, je pleure, je lui flatte les jambes et je lui dis : “Je t’aime, je t’aime, je t’aime” ».

« Mes garçons, c’est ma fierté ! »

* Prénom fictif

Le suspect arrêté

Yves Martin Larocque a été arrêté et fait face à sept chefs d’accusation, dont un de tentative de meurtre et deux de voies de fait graves pour cette fusillade survenue en plein jour, devant un parc pour enfants. Vers 19 h 30, le 22 août dernier, le suspect aurait tiré des projectiles vers quatre passagers d’une berline grise. Certains d’entre eux ont de lourds casiers judiciaires pour des crimes en lien avec les stupéfiants. Le suspect s’est ensuite barricadé chez lui pendant de nombreuses heures. En plein milieu de la nuit, le Groupe d’intervention tactique de la Sûreté du Québec a finalement maîtrisé l’homme et a procédé à son arrestation. L’accusé est en attente de son enquête sur remise en liberté.