Les procureurs n’ont pas réussi à prouver que Linda O’Leary conduisait son bateau sans précaution ni considération pour les autres lorsqu’il a heurté un autre navire dans le centre de l’Ontario, il y a deux ans, a statué un juge, mardi, alors qu’il rendait un verdict de non-culpabilité.

Paola Loriggio La Presse Canadienne

Mme O’Leary, épouse du célèbre homme d’affaires Kevin O’Leary, a été accusée de conduite imprudente d’un navire en vertu de la Loi sur la marine marchande du Canada à la suite de la collision du 24 août 2019 sur le lac Joseph, au nord de Toronto.

Linda O’Leary conduisait le bateau au moment de l’accident, à bord duquel se trouvaient aussi son mari et un ami. Le groupe revenait d’un dîner dans un autre chalet, et le tribunal a appris que Mme O’Leary était la conductrice désignée.

L’autre bateau, un Nautique, transportait un groupe d’amis lors d’une excursion pour observer les étoiles, a entendu le tribunal. Le bateau appartenait à Irv Edwards, qui possédait un chalet à proximité, mais son ami Richard Ruh était à la barre lorsque l’accident a eu lieu.

Les deux navires sont entrés en collision à 23 h 30 – un impact qui a projeté certains des passagers du Nautique au sol, a entendu le tribunal. Deux personnes sur ce bateau – Gary Poltash, 64 ans, de la Floride, et Suzana Brito, 48 ans, d’Uxbridge, en Ontario – sont décédées des suites de leurs blessures. Trois autres personnes ont été blessées.

En rendant son verdict, le juge de la Cour de l’Ontario, Richard Humphrey, a constaté que le Nautique avait ses lumières éteintes lorsqu’il a été heurté, malgré le témoignage de passagers qui ont déclaré que certaines lumières étaient allumées.

Les lumières ont été un problème central pendant le procès, la défense affirmant que le Nautique était essentiellement invisible pour Mme O’Leary jusqu’à après la collision.

Le juge Humphrey a noté mardi que les vidéos de sécurité des chalets des O’Leary et de M. Edwards « montrent clairement » que les lumières du Nautique n’étaient pas allumées lorsque les bateaux sont entrés en contact.

« Le but de l’aventure dans les eaux libres du lac Joseph par M. Edwards et ses invités était d’acquérir une vue imprenable sur le ciel nocturne, sans interférence de la lumière artificielle », a observé le juge.

« Cela défie la logique de suggérer qu’ils se seraient rendus à cet endroit et auraient ouvert les lumières, ce qui aurait eu pour effet de faire échouer leur objectif. »

M. Ruh a témoigné qu’il avait mis son chandail sur l’éclairage de la console pour le tamiser, et a par la suite plaidé coupable d’avoir omis d’exposer un feu de poupe sur un navire à moteur en vertu de la Loi sur la marine marchande du Canada.

Il n’y avait pas non plus de preuves suffisantes pour déterminer la vitesse à laquelle le bateau des O’Leary se déplaçait, ou quelle vitesse aurait été appropriée dans les circonstances, a conclu le juge.

Le juge Humphrey a rejeté l’argument du ministère public selon lequel Mme O’Leary aurait dû tenir compte du risque qu’il y ait un bateau non éclairé et, par conséquent, conduire à une vitesse inférieure à ce qu’elle a fait.

« Cette proposition suggère presque que personne ne devrait conduire un bateau la nuit en aucune circonstance », a déclaré le juge Humphrey.

Le juge a également examiné les preuves concernant la consommation d’alcool de Mme O’Leary, bien que les procureurs n’aient pas demandé au tribunal de tirer des conclusions concernant son état d’intoxication.

Un agent de la police provinciale a déclaré au procès que Mme O’Leary avait enregistré un taux d’alcoolémie de niveau « alerte » dans un alcootest peu de temps après l’accident. L’agent a indiqué que Mme O’Leary lui avait dit qu’elle n’avait bu qu’un verre, et que c’était après l’accident.

Le juge Humphrey a noté que le test de dépistage routier n’est pas un « appareil scientifique à des fins judiciaires » et ne peut pas être utilisé pour déterminer le taux d’alcoolémie de Mme O’Leary à tout moment pertinent. Le juge a également noté que Mme O’Leary n’avait pas été accusée de conduite avec facultés affaiblies.

« Si ce tribunal avait été tenu de tirer une conclusion de fait sur la question de l’affaiblissement des facultés par l’alcool, ou de l’alcool dans le système de la défenderesse au-delà de la limite légale au moment de la conduite, il n’y aurait pas eu de telle conclusion en vertu de la preuve », a-t-il dit

« Pour plus de certitude, ce tribunal conclut, sur la base de la preuve dont il dispose, que l’alcool n’a joué aucun rôle en ce qui concerne les problèmes liés à l’exploitation d’un navire sans les précautions et l’attention requises ou une considération raisonnable pour les autres. »

Le verdict a été rendu lors d’une audience à Parry Sound, en Ontario, qui a également été diffusée en direct.