Aucune décision n’a finalement été rendue vendredi concernant la mise en liberté de Rayan*, ce Montréalais de 21 ans accusé d’avoir enlevé, battu et menacé de mort sa sœur de 16 ans. Un enlèvement qui a mené à une alerte AMBER mardi. Pour trancher cette affaire « singulière », la juge Joëlle Roy veut en savoir plus sur les aspects « culturels et sociétaux » du dossier.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

« Je veux plus d’informations. Je dois protéger la jeune fille de 16 ans. Je ne sais pas si la DPJ est impliquée. Je veux entendre le père et la mère. J’ai des questions. Ça me prend un portrait global », a expliqué la juge Roy, vendredi après-midi au palais de justice de Montréal. Il est plutôt rare qu’un magistrat reporte son jugement sur la mise en liberté d’un détenu pour réclamer une preuve supplémentaire.

Les enquêtes sur remise en liberté de Rayan*, de son grand frère Karim*, 22 ans, et de leur complice sont ainsi reportées à mercredi prochain. Ils demeurent détenus d’ici là. « Le Tribunal a demandé des éléments de preuve au niveau du contexte familial, des déclarations obtenues des policiers », a résumé le procureur de la Couronne, MBruno Ménard, en mêlée de presse.

Selon la preuve présentée par la poursuite jeudi, la victime de 16 ans, Nour*, a été enlevée par ses deux frères et un autre homme lundi soir, alors qu’elle travaillait dans un restaurant de Kirkland, dans l’ouest de l’île de Montréal. L’adolescente vivait sous le joug de ses frères Rayan et Karim. Ceux-ci l’empêchaient de vapoter, d’accéder à internet, de voir ses amis ou de porter des vêtements moulants.

Rayan avait été particulièrement furieux d’apprendre que sa jeune sœur vapotait en cachette. Plus tôt cette année, il l’a même violemment frappée au visage pour cette raison, au point qu’elle a dû se rendre à l’hôpital. Les deux frères refusaient également que Nour continue de travailler.

Rayan s’était d’ailleurs présenté au travail de sa sœur pour aviser ses collègues qu’elle allait démissionner. Il était furieux que sa sœur puisse gagner de l’argent pour vapoter. De plus, sa mère la traitait de « pute » et la menaçait de la « faire examiner pour voir si elle est encore vierge », selon la Couronne.

C’est dans ce contexte de « domination familiale » que les deux frères ont enlevé leur sœur devant ses collègues lundi soir. Ils n’ont pas hésité à la battre et à la faire monter de force dans un véhicule. À bord, Rayan lui a passé un bras sur le cou, lui a frappé les jambes et lui a retiré bagues et souliers, selon la preuve de la Couronne.

« Si tu vas à la police, j’ai plus d’une façon de mettre une balle dans ta tête », lance-t-il à sa sœur de 16 ans. Une menace sérieuse, selon la Couronne. Rayan pensait d’ailleurs que les policiers cesseraient les recherches dans « quelques jours ». Il a été arrêté en pleine nuit. À la suite de l’alerte AMBER, au petit matin, les autres accusés se sont rendus à la police avec l’adolescente.

Aux yeux de la défense, il ne s’agit que d’un évènement « malheureux » qui a pris une « proportion disproportionnée » en raison de l’alerte AMBER. « [Les frères] la prenaient et la ramenaient à la maison. Clairement, ils la retournent à la maison chez la mère », a plaidé jeudi MBruno Bouthillier.

* Noms fictifs pour protéger l’identité de la victime