David Ross n’acceptait pas que ses copines portent des jupes « trop courtes » ou s’amusent « trop » en public. Jaloux et contrôlant, le policier de Trois-Rivières est même allé jusqu’à épier une ex-conjointe pendant ses patrouilles et à scruter la vie de quatre femmes dans un répertoire policier. L’une des victimes avait carrément « peur » de lui à la suite d’un épisode de violence.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

Accusé de voies de fait et de harcèlement à l’endroit de trois femmes, David Ross devait avoir son procès toute la semaine au palais de justice de Montréal. Le policier de Trois-Rivières a toutefois choisi lundi de plaider coupable à deux chefs de harcèlement criminel à l’égard d’ex-conjointes dans les années 2000 et 2010. Il a aussi reconnu avoir utilisé frauduleusement un ordinateur pour effectuer une vingtaine de recherches dans les banques de données policières.

Le policier de 44 ans a toutefois été acquitté dans un autre dossier, puisque la plaignante ne voulait plus « s’impliquer » en raison de problèmes de santé. Notons que le procès avait lieu à Montréal, puisque plusieurs intervenants gravitent dans le système judiciaire et policier de Trois-Rivières.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

David Ross, accompagné de son avocat MDenis Gallant

David Ross commence à fréquenter Jessica* dans les années 2000. Rapidement, celle-ci constate le style de vie « rigide et rigoureux » du policier. « Il n’aime pas qu’elle porte du parfum, du maquillage, des décolletés », explique-t-on dans l’exposé des faits. Ainsi, David Ross lance des reproches à Jessica quand elle a « trop de plaisir » en public et déchire parfois les photos de voyage de la jeune femme.

À l’occasion, l’accusé frappe dans les murs, claque des portes, se frappe dans les mains, se tire les cheveux et lui serre les bras lorsqu’il n’est pas content.

MJennifer Morin, procureure de la Couronne

Jessica désespère de plus en plus. Elle coupe les ponts avec sa famille et ses amis. À son party de Noël au travail, David Ross « surgit » au bar en fin de soirée et lui dit que « le party est fini » en l’empoignant par le bras. Deux collègues de Jessica interviennent alors. Épuisée, elle décidera plus tard de le quitter.

Mais quand Jessica revient chercher des choses pour le déménagement, David Ross s’accroche littéralement à elle en la retenant par la jambe. Le policier l’appelle à de nombreuses reprises et se présente même à la résidence de son nouveau conjoint. Alors qu’il est en service, David Ross passe plusieurs fois devant la nouvelle maison de son ex-conjointe.

Le même scénario

Quelques années plus tard, le policier fait vivre le même scénario à sa copine Valérie*. Très vite, la femme se sent surveillée par David Ross. Ce dernier prend le contrôle de la garde-robe de sa copine et lui demande de se changer lorsqu’il trouve que ses jupes sont trop courtes ou trop chics. Le policier n’aime d’ailleurs pas qu’elle porte des colliers.

Ultrajaloux, David Ross va jusqu’à supprimer certains contacts Facebook de Valérie, puisqu’il ne tolère pas qu’elle reste en contact avec d’ex-conjoints. Elle subit ainsi des « gestes de contrôle » de la part du policier. Par exemple, au Grand Prix de F1, David Ross la prend par le bras pour l’amener voir quelqu’un.

Un soir, alors que le policier dort sur le divan à la suite d’une chicane, Valérie le réveille pour lui donner à boire. Mais David Ross se réveille brusquement et la repousse avec un bras. La femme « revole » sur le divan. Une réaction « démesurée ». Valérie a « peur » et se sauve à l’étage. Elle décide de le quitter le lendemain.

Quand elle rencontre ses amies en cachette pour planifier son déménagement, l’accusé débarque au bar pour lui demander de revenir avec lui. Il est fâché et insistant. « Valérie ne va pas bien. Elle pleure, elle crie. Elle a peur », détaille la procureure de la Couronne MJennifer Morin. Plus tard, David Ross continue d’appeler « souvent » Valérie et insiste pour la revoir. Une fois, il appelle même la mère de Valérie en soirée. C’en est trop pour la victime.

David Ross ne s’est pas gêné pour fouiller la vie de ses fréquentations dans le Centre de renseignements policiers du Québec (CRPQ), le grand répertoire d’information criminelle de la province. Pour son propre bénéfice, le policier a ainsi effectué une vingtaine de recherches concernant les véhicules et les adresses de quatre femmes entre 2013 et 2018.

Jointe par La Presse, la police de Trois-Rivières n’a pas commenté le dossier. David Ross demeure suspendu jusqu’à nouvel ordre. Il pourrait toutefois être destitué en vertu de la Loi sur la police.

Les observations sur la peine sont prévues le 1er décembre prochain devant le juge André Perreault. MDenis Gallant et MAriane Bergeron St-Onge représentent l’accusé.

* Prénoms fictifs pour protéger l’identité des victimes