Ils semblaient trouver ça hilarant. La femme de Saint-Jude accusée d’avoir fait disparaître des cadavres pour la mafia rigolait avec un tueur à gages en se remémorant comment deux victimes avaient été abattues dans le garage de sa ferme.

Vincent Larouche
Vincent Larouche La Presse

L’écoute des conversations captées par un micro caché s’est poursuivie vendredi au procès de Marie-Josée Viau et de Guy Dion, ce couple de Montérégie accusé de complot et de participation au meurtre des frères Vincenzo et Giuseppe Falduto, en 2016.

Un tueur à gages de la mafia, dont l’identité est protégée par un interdit de publication, avait accepté de collaborer avec la Sûreté du Québec et de porter un micro, quelques années après le crime. Il s’était présenté à la ferme du couple, le 14 juillet 2019, avec un policier en civil qui se faisait passer pour son ami. Sur place, il avait commencé à parler de la fois où il avait abattu les frères Falduto, dans le garage du couple.

Le policier en civil a raconté devant le jury que Marie-Josée Viau s’était penchée vers lui lorsque la conversation avait touché le vif du sujet. Les propos de la femme n’ont pas été captés par le micro caché, mais l’agent a dit s’en souvenir très bien.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Marie-Josée Viau et Guy Dion, au début du procès, en mai

« Je vais m’en rappeler toute ma vie, a-t-il dit. Marie se penche, elle me regarde dans les yeux avec le sourire et me dit : « Là, tu rentres dans le secret des dieux. Tu sais que ta vie est en danger ? Tu sais que je suis capable ? Aie pas peur. » »

Aveu enthousiaste

Sur l’enregistrement, on entend le tueur à gages, qui rigole souvent lui aussi, raconter comment il a tué les deux victimes avec une arme à feu dans le garage, alors qu’elles venaient d’arriver en voiture. Il raconte avec beaucoup de détails et d’enthousiasme sa position et celle des deux frères au moment des faits.

En riant, Marie-Josée Viau souligne que tout s’est fait très vite, avant même que la porte du garage soit fermée. « La porte était même pas fucking descendue, câlisse de tabarnak ! », s’amuse-t-elle.

La porte était même pas descendue au tiers quand ça s’est fait. J’ai tout vu.

Marie-Josée Viau, sur l’enregistrement

Elle s’excite lorsque le tueur à gages parle des angles d’où il a fait feu. « Compte ! Compte le nombre, là, moé, j’vais te le dire, combien qu’il y en avait à terre », lance-t-elle, fébrile.

« J’en ai ramassé huit à terre », dit-elle, sûre de son coup.

Scie à chaîne, musique et tracteur

Elle raconte que le couple avait mis de la musique forte pendant le crime. « On avait crissé le son dans le fond. » Un tracteur circulait à proximité, ajoutant au bruit ambiant. Guy Dion faisait aussi sa part d’effort pour couvrir le bruit des armes.

« Moé, je coupais le bois avec la chainsaw dans le fond », raconte-t-il sur l’enregistrement.

Pendant la conversation, le tueur à gages dit avoir trouvé la scène plutôt saisissante. « Le tracteur, la musique, j’ai dit crisse, comme un film de série B », lance-t-il.

Guy Dion explique ensuite qu’il espérait recevoir de l’argent d’un homme lié à cet évènement, à l’époque.

Moé, j’y avais dit : « Donne-moé de l’argent, j’ai un deck à faire ! »

Guy Dion, sur l’enregistrement

L’ambiance était glaciale dans la salle d’audience pendant que le jury écoutait la désinvolture des accusés, et pas seulement parce que la climatisation était détraquée au Centre de services judiciaires Gouin.

Éliminer, liquider, nettoyer

« Tout ce que j’ai fait, c’est comme un bon soldat. J’ai fait ce qu’on m’a demandé, point ! On m’a demandé d’éliminer, liquider, de nettoyer. J’ai tout fait. J’ai tout fait ce qu’on m’a demandé, de A à Z, tout le temps », dit Marie-Josée Viau au tueur à gages, un peu plus tard dans la conversation.

Avant l’écoute de l’enregistrement, le policier en civil qui était présent incognito ce jour-là a dit avoir été marqué par son expérience. « J’étais assis aux premières loges d’un film au cinéma », a-t-il illustré.

Il a confirmé que Marie-Josée Viau avait ri pendant le récit et que les deux membres du couple avaient visiblement envie de parler de ce qui s’était passé ce jour-là.

« Ils nous parlaient intensément, avec le sourire et les yeux brillants. Et tout le monde reste calme autour. À aucun moment, il n’y a quelqu’un qui s’énerve. Ça reste un ton convivial. C’est des discussions qui coulent », a-t-il raconté.

Un livre remarqué

Un peu plus tôt au cours de la journée, le tueur à gages était entré dans la maison du couple et avait aperçu le livre Mafia inc., écrit par les anciens journalistes de La Presse André Cédilot et André Noël. Sur l’enregistrement, on l’entend s’indigner devant Guy Dion.

« Mafia inc., voyons donc ! T’as pas acheté un livre pour écouter des mensonges ! », dit-il.

« C’est à la bonne femme », répond l’homme.

Le procès fera maintenant relâche pour une semaine. L’équipe des procureurs de la Couronne, formée de Mes Isabelle Poulin, Pascal Lescarbeau, Karine Cordeau Labelle et Marie-Christine Godbout, poursuivra la présentation de sa preuve à partir du 2 août.

Le quatuor d’avocates de la défense, formé par Mes Nellie Benoit, Mylène Lareau, Annie-Sophie Bédard et Cristina Nedelcu, pourra ensuite contre-interroger l’agent d’infiltration qui était présent au moment de la conversation.