Un ex-psychoéducateur qui a acheté une fillette de 8 ans en Afrique pour en faire son esclave sexuelle – un cas unique au Canada – devrait être condamné à la peine record de 18 ans d’emprisonnement, plaide la Couronne. De son côté, Sylvain Villemaire persiste et signe : il n’est ni un monstre ni un pédophile, mais un « homme bien ».

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

Les crimes du Montréalais de 60 ans sont d’une horreur sans nom. Pendant trois ans, cet ancien psychoéducateur spécialisé dans l’aide aux adolescents vulnérables a soumis une fillette à d’innombrables sévices sexuels. Déracinée de son pays natal, elle devait être « la femme de M. Sylvain ». Elle était sa « prisonnière ». À seulement 8 ans.

« [Elle] a été marchandée, sacrifiée et abandonnée », a tranché le juge Pierre Labelle en reconnaissant coupable Sylvain Villemaire de nombreux crimes, dont ceux de contacts sexuels et de traite de personnes en février dernier au palais de justice de Montréal.

« Une vie achetée et dévastée »

Au procès, l’enfant avait livré un récit extrêmement perturbant. « Il m’a dit que ma mère m’avait vendue », avait-elle confié. La fillette avait d’ailleurs signé un « contrat » avec « M. Sylvain » indiquant qu’il pouvait lui faire « ce qu’il veut, comme il veut et quand il veut ». Quand elle refusait, son bourreau menaçait de la « ramener » dans son pays.

En raison des nombreux facteurs aggravants, le ministère public a réclamé mercredi 18 ans de détention contre Sylvain Villemaire. Jamais une peine aussi sévère n’a été prononcée au Québec dans un dossier de crimes sexuels à l’égard d’un enfant. D’ailleurs, il n’existerait aucun précédent d’un tel cas de traite de mineurs à l’étranger dans les annales judiciaires. Notons qu’un récent arrêt de la Cour suprême oblige les juges à durcir les peines contre les agresseurs d’enfants.

Sylvain Villemaire avait le « contrôle total et complet » sur la fillette, a insisté la procureure de la Couronne MAmélie Rivard. De plus, ses crimes étaient « prémédités et calculés », puisqu’il a fait des démarches complexes pour faire venir l’enfant par un visa étudiant.

[Elle] était dans l’avion et Monsieur pensait déjà aux sévices sexuels qu’il ferait. [...] Une vie achetée et dévastée.

MAmélie Rivard, procureure de la Couronne

Même s’il a fait subir un calvaire à sa victime, Sylvain Villemaire a toujours la ferme intention de renouer avec l’enfant à sa sortie de prison. « C’est excessivement inquiétant pour l’avenir de cette enfant qu’il ne soit pas prêt à abandonner », a plaidé MRivard. De plus, Sylvain Villemaire refuse d’être évalué ou soigné par un expert.

Et c’est sans compter les milliers d’images et vidéos de pornographie juvénile « hard » retrouvées dans l’ordinateur de Sylvain Villemaire. C’est d’ailleurs une perquisition policière qui a mis fin au calvaire de l’enfant en 2018.

« Je suis un homme bien »

Sylvain Villemaire, qui se défend seul, a encore mis à l'épreuve la patience du juge Labelle mercredi par ses envolées lyriques et ses attaques personnelles. Il a ainsi dénoncé les « fourberies » de la cour, les « magouilles » de la Couronne et le « parjure » des policiers. Il affirme d’ailleurs penser « tous les jours » au juge et à MRivard dans sa cellule.

Je me sens un kafkaïen. C’est absurde !

Sylvain Villemaire

S’il « regrette profondément » certains gestes, Sylvain Villemaire maintient que la fillette n’a « jamais été [s]on esclave sexuelle ». « C’est clair que je ne suis pas quelqu’un de dangereux », a-t-il plaidé. « Je suis un homme sensible. J’ai l’air arrogant, je sais. Mais je suis un homme bien », a-t-il assuré.

« Une personne généreuse, qui a le cœur sur la main. » C’est ainsi qu’une femme, dont l’identité est protégée, a même décrit Sylvain Villemaire. La victime était une « enfant enjouée et libre », a raconté cette proche de l’accusé.

Même si on le dépeint – à tort, selon lui – comme un pédophile et un « monstre » dans les médias, Sylvain Villemaire insiste : il n’a aucune « paraphilie particulière ». Une psychologue de l’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel conclut toutefois, sous réserve d’une véritable évaluation, à un diagnostic de pédophilie et de traits de personnalité narcissique et antisociaux.

Sylvain Villemaire réclame une peine de deux ans, moins un jour, alors que la peine minimale en matière de traite est de cinq ans. Il estime que sa détention préventive devrait être calculée à temps double, puisqu’il a été « trahi » par des avocats. Il a porté en appel son verdict de culpabilité.

Le juge rendra la sentence le 18 août.