Un groupe anti-mesures sanitaires souhaite la suspension de cette règle en toutes circonstances

Tristan Péloquin
Tristan Péloquin La Presse

Soutenant que les couvre-visages provoquent des « problèmes cognitifs » et peuvent même mener à une « mort subite », une organisation anti-mesures sanitaires financée par des dons du public s’adresse au tribunal pour suspendre les règles imposant le port du masque « pour quelques circonstances que ce soit ».

La demande d’injonction interlocutoire, déposée par la Fondation pour la défense des droits et libertés du peuple, OBNL qui s’oppose aussi à la vaccination, pourrait être entendue dès mardi.

La requête est en partie basée sur un rapport d’expertise rédigé par le médecin infectiologue français Christian Perronne. Associé au mouvement des « rassuristes », le DPerronne a été démis de son poste de chef du service d’infectiologie de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, en décembre dernier, pour avoir tenu des « propos considérés comme indignes de la fonction qu’il exerce », en affirmant notamment que la COVID-19 était un « jackpot » financier pour les médecins. Le DPerronne soutient que la faible mortalité induite par la COVID-19 fait en sorte que cette maladie ne constitue aucunement une « menace grave à la santé de la population, réelle ou imminente » au Québec.

Un deuxième rapport d’expertise signé par l’anesthésiste William Code, promoteur de la médecine traditionnelle chinoise et de l’homéopathie, soutient que le port du masque augmente le niveau de dioxyde de carbone dans le sang, ce qui « réduit les capacités cognitives, interfère avec l’apprentissage, augmente l’anxiété et peut causer de l’arythmie [cardiaque] et même une mort subite ».

Arguments trompeurs

L’argumentaire de la requête est également basé sur deux arguments trompeurs. La poursuite soutient notamment que les tests PCR utilisés pour diagnostiquer la COVID-19 sont « inutiles et non fiables » puisque « 97 % sont des faux positifs ». Cette prétention tient sur une affirmation voulant que les échantillons prélevés au Québec soient analysés après 37 cycles d’amplification de l’ADN. Or, cette thèse, qui circule abondamment depuis le mois de février sur les réseaux sociaux, ne tient pas du tout compte de la façon dont sont menés ces tests, selon deux experts consultés par La Presse.

Dans les faits, une lecture de la présence de traces d’ADN du virus est prise à chaque cycle d’amplification, et non pas seulement après 37 cycles, comme le prétend la poursuite. Pour être valides, les mesures doivent suivre une courbe exponentielle montrant une augmentation de la présence de traces du virus d’un cycle à l’autre. « Environ 80 % des tests positifs sont confirmés avant 25 cycles d’amplification », explique le biochimiste Nicolas Tétreault, directeur scientifique aux laboratoires Biron.

Il y a beaucoup d’experts autoproclamés qui font tort à l’opinion publique sur cette question.

Nicolas Tétreault, directeur scientifique aux laboratoires Biron

« C’est vrai de dire qu’entre 37 et 40 cycles d’amplification, le résultat est ambigu, mais dans la très grande majorité des cas, le résultat est connu bien avant 35 cycles », indique Sébastien Truche, coordonnateur de laboratoire au département de biochimie et médecine moléculaire de l’Université de Montréal. « Beaucoup d’experts qui se prononcent sur cette question n’ont jamais fait de tests PCR », soutient-il.

La poursuite souligne par ailleurs que l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a retiré, le 17 mai dernier, la COVID-19 d’une liste destinée spécifiquement à l’industrie funéraire, qui indique quelles maladies et infections « présentent un risque pour la santé de la population » et doivent être obligatoirement déclarées à la Santé publique. Ce retrait, selon les prétentions de la poursuite, « constitue un aveu » de la part du gouvernement que la maladie « n’est pas une menace grave pour la santé de la population ».

Or, dans les faits, le retrait de la COVID-19 de cette liste n’a pour seul effet que de permettre aux thanatopracteurs d’embaumer les dépouilles de personnes mortes d’une infection, ce qui n’était plus permis depuis le début de la pandémie.

Le risque de transmission par un cadavre a été jugé suffisamment raisonnable par l’INSPQ pour que les embaumements reprennent, comme c’est le cas dans toutes les autres provinces canadiennes. « Le virus est plus actif chez un individu vivant que [chez un individu] mort », résume la porte-parole de la Coopérative funéraire du Grand Montréal, Caroline Cloutier.

« Comme pour plein d’autres maladies dangereuses, nous continuons de manipuler les dépouilles avec des protocoles très rigoureux, qui incluent le port du masque et de la visière, une blouse de protection ainsi que la désinfection des installations et des équipements après chaque usage », précise Patrice Chavegros, directeur général du groupe Urgel Bourgie/Athos.

« Ces gens mélangent le risque d’infection dans la vie quotidienne avec le risque post-mortem de transmission. Ce sont deux choses très différentes », ajoute M. Chavegros.

La Fondation pour la défense des droits et libertés du peuple, qui a récolté près de 1 million depuis sa création en mai 2020, a déjà subi deux revers importants en cour depuis le début de la pandémie. En juillet dernier, l’avocat constitutionnaliste Guy Bertrand s’est subitement retiré d’une requête qu’il menait au nom de l’organisme pour forcer l’abolition du confinement, reprochant à son président, Stéphane Blais, d’avoir « détruit [sa] propre crédibilité face à la Cour » par ses « déclarations souvent intempestives ». La Fondation a aussi subi un échec en tentant de faire déclarer le couvre-feu forme de détention arbitraire.