Une femme de 34 ans est accusée d’avoir commis une longue série d’entrées par effraction à Montréal, l’hiver dernier, alors qu’elle avait des symptômes de la COVID-19.

Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

Selon la police, Uttuqi Kadjulik serait entrée par effraction dans au moins 14 maisons de Saint-Michel et de Parc-Extension, souvent en pleine nuit.

Elle y aurait notamment volé des cartes de crédit, des clés et des cartes d’identité : lors de l’une de ses arrestations, « elle avait environ 50 cartes au nom d’autres personnes sur elle », selon un jugement qui la maintient derrière les barreaux en attendant son procès.

« Les victimes se trouvaient souvent à la maison au moment de l’intrusion. À quelques reprises, ils se sont retrouvés face à face avec l’intruse », a écrit le juge Dennis Galiatsatos dans sa décision. « L’une des victimes avait 87 ans, une autre avait 73 ans. L’accusée a reconnu qu’elle avait des symptômes de la COVID à la période pertinente. »

La Presse n’a pas pu vérifier si des victimes des entrées par effraction ont présenté par la suite des symptômes de la COVID-19.

Mme Kadjulik toussait et crachait sur les policiers lors de chacune de ses arrestations. Elle a été appréhendée à quatre reprises sur une période de 24 jours, l’hiver dernier, et a été remise en liberté à trois reprises. « Chaque fois qu’elle a été remise en liberté, elle a immédiatement et constamment violé [les] conditions [qui lui avaient été imposées] », a écrit le juge.

Uttuqi Kadjulik a été condamnée à cinq mois de prison en 2018 pour une autre série d’entrées par effraction dans Parc-Extension. Elle souffre de schizophrénie et consomme du crack. L’accusée réside normalement à Kangiqsujuaq, village inuit du Grand Nord québécois.

La COVID-19, un facteur « préoccupant »

MAlexander Grey, l’avocat de Mme Kadjulik, n’a pas voulu s’exprimer sur le dossier. À l’audience, il a plaidé que sa cliente rentrerait – cette fois-ci – illico à Kangiqsujuaq si la justice la libérait. Sa mère a offert à la justice – en vain – de verser une caution de 500 $ à cette fin.

MEmmanuelle Smith, la procureure de la Couronne au dossier, s’est dite satisfaite de la décision de garder l’accusée derrière les barreaux.

« Le juge a retenu nos arguments », a dit la procureure. Les symptômes de COVID-19 décrits par Mme Kadjulik, « c’est sûr que c’est un facteur qui était préoccupant pour nous », a-t-elle dit.

Le Service de police de la Ville de Montréal s’est félicité de l’arrestation.

« C’est un travail de collaboration entre les patrouilleurs et les enquêteurs, a dit le porte-parole policier Jean-Pierre Brabant. Les patrouilleurs ont assuré la sécurité des scènes, ont recueilli les informations et ont fait le suivi avec les enquêteurs pour faire avancer les dossiers rapidement. »

En refusant la remise en liberté sous caution de l’accusée, le juge Dennis Galiatsatos en a profité pour dénoncer des décisions récentes qui, selon lui, remettent trop facilement en liberté des accusés autochtones.

Depuis 1999, la Cour suprême demande aux juges de tenir compte du passé difficile de plusieurs autochtones au moment de prendre des décisions dans leur dossier.

« La libération en attente d’un procès ne devrait pas être automatique pour les accusés autochtones », a écrit le juge Galiatsatos. « Les citoyens de Parc-Extension et Saint-Michel ont le droit à la protection adéquate de la loi. Cette obligation n’est pas annulée par quelque volonté que ce soit de combattre les effets du colonialisme. Mettre en danger le public n’est pas une façon acceptable de promouvoir la réconciliation, la tolérance ou la justice sociale. Une telle approche peut même avoir l’effet inverse. »