(Ottawa) Un juge sur le point d’être la première personne non blanche à siéger à la Cour suprême du Canada a déclaré avoir vécu la discrimination « comme un fait de la vie quotidienne » en grandissant.

La Presse Canadienne

Le premier ministre Justin Trudeau a choisi Mahmud Jamal, juge à la Cour d’appel de l’Ontario depuis 2019, pour pourvoir le siège qui sera laissé vacant par le départ à la retraite de la juge Rosalie Silberman Abella.

Né en 1967 à Nairobi, au Kenya, dans une famille originaire de l’Inde, M. Jamal a déménagé deux ans plus tard en Grande-Bretagne.

Dans un questionnaire soumis dans le cadre de sa demande à la Cour suprême, M. Jamal a déclaré que parce qu’il fréquentait des écoles anglicanes, il avait reçu une éducation religieuse et culturelle hybride.

« J’ai été élevé à l’école en tant que chrétien, récitant la prière du Seigneur et absorbant les valeurs de l’Église d’Angleterre, et à la maison en tant que musulman, mémorisant les prières arabes du Coran et vivant au sein de la communauté ismaélienne », a-t-il écrit.

« Comme beaucoup d’autres, j’ai vécu la discrimination comme un fait de la vie quotidienne. Enfant et jeune, j’ai été raillé et harcelé à cause de mon nom, de ma religion ou de la couleur de ma peau. »

En 1981, la famille de Mahmud Jamal a déménagé au Canada, s’installant à Edmonton où il a terminé ses études secondaires.

Nos premières années ici ont été difficiles. Mes parents ont eu du mal à joindre les deux bouts. Ils ont ouvert un restaurant et rêvé de stabilité financière, mais ont rapidement fait faillite. Malgré leurs problèmes, ils ont toujours encouragé la poursuite de mes études.

Le juge Mahmud Jamal

M. Jamal a été le premier de sa famille à fréquenter l’université, passant un an à la London School of Economics avant d’obtenir un diplôme en économie de l’Université de Toronto. Il a ensuite étudié le droit à l’Université McGill de Montréal et à la Yale Law School aux États-Unis.

M. Jamal a dit que sa femme est également arrivée au Canada à l’adolescence, une réfugiée iranienne fuyant la persécution de la minorité religieuse baha’ie pendant la révolution de 1979.

Elle a passé plusieurs années aux Philippines avant d’être accueillie par le Canada et de s’installer à Innisfail, en Alberta.

Après leur mariage, M. Jamal est devenu baha’i, attiré par le message de la foi sur l’unité spirituelle de l’humanité, et le couple a élevé ses deux enfants dans la communauté multiethnique baha’ie de Toronto.

« Ces expériences m’ont exposé à certains des défis et aspirations des immigrants, des minorités religieuses et des personnes racialisées, a écrit M. Jamal. Mes perspectives sur ces questions se sont élargies et approfondies au cours de plus de 25 ans en tant qu’avocat et juge. »

M. Jamal a longtemps été avocat plaidant avant de devenir juge à la Cour d’appel de l’Ontario il y a deux ans.

En tant qu’avocat, il a pris part à des dizaines d’appels devant la Cour suprême sur une grande variété de questions.

Parlant couramment l’anglais et le français, il a enseigné le droit constitutionnel à l’Université McGill et le droit administratif à la Osgoode Hall Law School.

Des membres du comité de la justice de la Chambre des communes et du comité sénatorial des affaires juridiques, ainsi qu’un membre du Parti vert fédéral, participeront bientôt à une séance de questions-réponses avec M. Jamal.