Montréal a été le théâtre de plus de 150 évènements impliquant des coups de feu depuis un an, dont plus de 60 depuis le 1er janvier dernier, révèlent de nouveaux chiffres obtenus par La Presse mardi, alors que le gouvernement du Québec annonçait le versement de fonds supplémentaires au SPVM pour son équipe spécialisée dans la lutte contre le trafic d’armes.

Vincent Larouche
Vincent Larouche La Presse
Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

C’est un enquêteur de la Division du renseignement du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) qui a dressé le bilan des évènements impliquant des armes à feu lors de l’enquête sur remise en liberté d’un homme accusé de possession d’arme au palais de justice de Montréal, la semaine dernière. Il est arrivé à ces chiffres en analysant tous les évènements répertoriés de décharge d’armes à feu, de cueillette de douilles et de projectiles, de personnes blessées par balles et d’appels au 911 par des personnes ayant signalé des tirs entre juin 2020 et le 11 juin 2021. Pour les 12 derniers mois, cela représente un évènement tous les deux ou trois jours.

« Il y a eu une augmentation marquée des évènements d’armes à feu, principalement dans l’est de Montréal, en particulier dans Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles et Montréal-Nord. Il y a eu également quelques évènements au centre-ville », a déclaré le policier.

En comparaison, l’an dernier, au 12 juin, 28 évènements de coups de feu étaient survenus depuis le début de l’année à Montréal, selon un tableau préparé par un enquêteur de l’Équipe nationale de soutien à l’application de la Loi sur les armes à feu (ENSALA, chapeautée par la Gendarmerie royale du Canada) et déposé en cour dans un autre dossier.

« Les chiffres sont probants », dit la ministre

Déjà, l’année 2020 avait été marquée par une hausse des crimes commis avec des armes à feu jugée préoccupante dans la métropole, a souligné la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, lors d’un passage à Montréal-Nord mardi.

« Les chiffres sont probants », a-t-elle déclaré, en soulignant que selon les données préliminaires compilées par son ministère, les tentatives de meurtre avaient augmenté de 39 % et les infractions relatives à l’usage des armes à feu de 107 % en 2020, comparativement à la moyenne des cinq années précédentes.

Il faut relativiser les choses et éviter d’être alarmiste, croit la ministre, mais il faut aussi agir.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, TRANSMISE PAR MÉTRO

Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique

Ce n’est pas normal d’être inquiet à tout moment de voir un conflit armé surgir dans nos rues.

Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique

Le gouvernement du Québec a donc annoncé une aide supplémentaire de 5 millions de dollars pour l’Équipe de lutte contre le trafic d’armes (ELTA) du SPVM, créé l’hiver dernier, ainsi qu’une aide d’un demi-million pour les organismes communautaires qui travaillent à prévenir les explosions de violence.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, s’est réjouie de l’annonce et a dit vouloir s’inspirer des succès remportés par les autorités à l’époque de la guerre des motards, qui avait fait 165 morts au Québec entre 1994 et 2000.

« Le succès des opérations à l’époque a notamment reposé sur la collaboration de l’ensemble des corps de police et la mobilisation des décideurs publics », a-t-elle rappelé.

Mme Plante a souligné que Montréal est encore « très loin » de la situation vécue par Toronto en matière de violence.

En 2020, la police torontoise a recensé 462 évènements de décharge d’arme à feu dans la Ville Reine, qui ont fait 39 morts et 178 blessés.

Une contribution importante, selon les policiers

À terme, l’ELTA comptera 40 employés à temps plein. L’équipe a déjà réalisé 15 arrestations et saisi 14 armes, mais les statistiques ne reflètent pas l’ampleur de sa contribution, font valoir les policiers. Les enquêteurs de l’équipe collaborent avec les patrouilleurs et les autres équipes d’enquête, qui réalisent leurs propres saisies comptabilisées séparément. Ils travaillent aussi à des enquêtes à long terme visant les dirigeants des réseaux de trafic d’armes. Par définition, ces enquêtes mettent plus que trois mois à aboutir.

« On met beaucoup de pression sur le milieu », a assuré le directeur du SPVM, Sylvain Caron, présent lors de l’annonce.

Un trafiquant de moins, c’est plusieurs armes de moins sur le marché.

Sylvain Caron, directeur du SPVM

Le député fédéral de Bourassa, Emmanuel Dubourg, dont la circonscription englobe Montréal-Nord, a profité de l’occasion pour énumérer des morts récentes de jeunes hommes assassinés dans ce quartier où il a lui-même fréquenté l’école.

« Nous savons qu’une grande partie de cette violence est liée aux activités de gangs de rue. Et de plus en plus, elle se produit dans les lieux publics, souvent en plein jour », a-t-il déclaré.

« Cette violence éhontée est inacceptable et met en danger la sécurité de tous », a-t-il ajouté, en invitant tous les intervenants à s’attaquer non seulement à la violence des gangs, mais aussi aux conditions sociales qui favorisent leur émergence.