La menace des drones en milieu carcéral continue de planer au-dessus des têtes des gardiens de prison. Deux évènements impliquant des drones survenus ce week-end inquiètent le président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec (SAPSCQ-CSN), qui dénonce l’inaction du ministère de la Sécurité publique.

Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse

Un premier incident impliquant un drone s’est déroulé à la prison de Bordeaux le soir du 12 juin, selon nos informations. Sur place, les agents de sécurité ont constaté qu’une personne incarcérée tirait sur une corde par la fenêtre de sa cellule. Ils n’ont cependant trouvé aucun élément suspect durant leur inspection. Un détenu aurait alors lancé plusieurs outils de bois collés, avec plusieurs fourchettes fixées à l’embout. Ils ont ensuite avisé le responsable d’une possible livraison par drone.

Un colis avait été localisé dans le secteur quatre jours auparavant, toujours selon nos informations. Lors de la fouille d’un détenu, ils avaient retrouvé un téléphone cellulaire.

Le deuxième est évènement s’est déroulé le lendemain. Dans la nuit du 13 juin, des agents présents à la prison de Bordeaux ont signalé la présence d’un colis suspect, alors que trois drones survolaient le bâtiment. Conformément aux consignes de leur syndicat, ils ont appelé un supérieur pour ramasser le colis, dont le contenu n’était pas visible.

« Ce qui inquiète dans ces évènements-là, c’est le nombre de drones utilisés simultanément pour faire diversion et la livraison directement aux fenêtres des cellules », explique le président président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec (SAPSCQ-CSN) Mathieu Lavoie.

En plus des outils de détection, M. Lavoie réclame une procédure claire pour ramasser les drones et les colis de façon sécuritaire. « Les agents peuvent être exposés à des produits volatiles qui représentent un risque. »

Prisonniers morts de rire

« Pendant qu’on manque de moyen de contrer [le phénomène], les personnes incarcérées sont mortes de rire », explique M. Lavoie.

Le problème des drones n’est pas nouveau. M. Lavoie déplore l’infinie lenteur de la bureaucratie gouvernementale pour gérer le processus. « On est toujours en attente de matériel plus perfectionné. On se fait dire toujours par le ministère qu’ils « peaufine les appels d’offre » »

L’usage de drones pour livrer des outils, des téléphones cellulaires intelligents et surtout des substances illicites aux prévenus et aux détenus est un domaine lucratif. « Des substances illicites en prison valent quatre à cinq fois plus qu’à l’extérieur. [Les réseaux] sont prêts à perdre un drone à la fine pointe de la technologie d’une valeur de 10 000 $ car le contenu du paquet vaut plus que ça. »

On ne pourra jamais éradiquer le phénomène, note toutefois le président du syndicat. On peut diminuer avec du matériel doté d’une bonne portée de détection et de l’équipement de protection pour les employés appelés à manipuler les colis.

Avec Daniel Renaud, La Presse