Devant la hausse des cas de violence conjugale, la Sûreté du Québec s’est dotée d’une méthode d’intervention proactive. Depuis janvier, les policiers vérifient les antécédents en la matière lors de toutes leurs interventions.

Léa Carrier
Léa Carrier La Presse

« En temps de pandémie, les victimes étaient enfermées à la maison. Elles n’avaient pas de porte de sortie. On a dû revoir nos façons d’intervenir pour être en mesure de détecter les situations de violence conjugale », a expliqué le sergent Benoit Richard à La Presse, dans le cadre de la Semaine de la police.

Ainsi, depuis janvier, pour tout appel à la Sûreté du Québec, une vérification des antécédents judiciaires de l’ensemble des personnes demeurant à l’adresse est exécutée au préalable.

Un exemple ? Quelqu’un souhaite rapporter un vol de vélo. La vérification révèle qu’au cours de la dernière année, des policiers ont déjà été dépêchés à plusieurs reprises à son adresse pour des « chicanes conjugales ». « Une fois sur place, les policiers vont faire l’intervention pour laquelle ils ont été appelés, mais ils vont aussi vérifier si tout va bien à la maison », explique M. Richard.

Les policiers récolteront toute information qui n’est pas d’ordre criminel mais soulève des questions et l’ajouteront au dossier. « Tranquillement, on développe des réflexes proactifs. Souvent, quand il y a de la violence conjugale [et que la police arrive], la victime n’est pas prête [à porter plainte]. Notre rôle est de montrer qu’on est toujours là et qu’on explique les ressources disponibles », poursuit le sergent.

La porte-parole de SOS violence conjugale, Claudine Thibaudeau, qualifie l’initiative de la SQ de « révolutionnaire ». « C’est un projet avant-gardiste et proactif, qui peut faire une énorme différence. La violence conjugale est une problématique qui touche les policiers de très près et ils manquent souvent d’outils. Ce projet va leur permettre de documenter toutes sortes de violences conjugales. Pour les victimes, ce sont aussi plus de portes qui s’ouvrent à elles », estime Mme Thibaudeau.

De plus, grâce aux 27 millions sur cinq ans accordés en mai par Québec aux principaux corps policiers pour mieux accompagner les victimes, une équipe spécialisée en violence conjugale entrera en poste à la SQ d’ici l’automne prochain. Composée de huit personnes, cette équipe fera le pont entre la police et les différentes ressources actives dans la lutte contre la violence conjugale et assurera la cohésion des mesures mises en place.

Le Service de police de la Ville de Montréal se dotera d’une équipe similaire.

Contrôler les armes à feu

Depuis le début de l’année, dix femmes ont été tuées dans un contexte de violence conjugale. De ce nombre, au moins deux ont péri sous les balles. « Est-ce qu’on aurait pu éviter ces situations malheureuses ? », se demande Nathalie Martin, inspectrice au Bureau du contrôleur des armes à feu de la Sûreté du Québec (CAF).

Ce qui est certain, assure-t-elle, c’est que le CAF est un outil important – et méconnu – de la lutte contre la violence conjugale. Tous les individus impliqués dans un évènement de violence conjugale voient leur dossier criminel transmis au CAF, qui procède ensuite à une enquête de comportements et éventuellement à la révocation du permis et à la saisie des armes à feu.

Une ligne téléphonique confidentielle permet aussi de signaler des préoccupations en matière d’armes à feu sans porter plainte à la police.

En 2020-2021, 218 signalements ont été faits ; trop peu, estime Nathalie Martin. « Plus on va recevoir d’appels, plus on pourra intervenir en amont des situations de violence conjugale, et plus on risque de sauver des vies », croit-elle fermement.

Ligne téléphonique SOS violence conjugale (24/7) : 1 800 363-9010
Ligne confidentielle pour les préoccupations en matière d'armes à feu : 1 800 731-4000