Lorsqu’elle publiait une photo sur son compte Instagram, la sœur d’Eugenie Bouchard pouvait recevoir jusqu’à 150 commentaires de Danny Arsenault. Cet homme de 42 ans est actuellement jugé pour harcèlement criminel et communications harcelantes. « Je ne me sentais pas en sécurité à Montréal. Pas du tout », a témoigné Charlotte Bouchard.

Véronique Lauzon
Véronique Lauzon La Presse

De 2014 à la fin de 2017, Charlotte Bouchard aurait été inondée de messages sur les réseaux sociaux par Danny Arsenault. Par visioconférence de Londres, où elle vit actuellement, la jeune femme a raconté qu’elle avait beau ne pas répondre à ses commentaires et bloquer le compte de l’accusé, il revenait sous de nouveaux pseudonymes. Elle aurait bloqué une vingtaine de ses comptes.

« Je ne savais pas de quoi il avait l’air, c’est ce qui me faisait très peur. J’avais peur pour ma sécurité », a témoigné celle qui est actuellement directrice artistique pour Fidacity.

L’accusé n’a pas caché, lundi au palais de justice de Montréal, qu’il était l’auteur des messages lus par le sergent-détective du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) Kevin Doyon. « Il voulait une relation amoureuse avec elle », a témoigné le policier, qui a ajouté que les messages pouvaient être confus et vulgaires.

Parmi ces nombreux messages qui ont été lus en salle d’audience, il y a « M’aimes-tu Charlotte ? », « J’aimerais ça que l’on concrétise notre relation », « Je te pénètre […] de façon majestueuse », « Je veux gérer ta vie », « Je veux te piner dans le cul », « F*cking B*tch » et « ne deviens pas une vulgaire plotte ».

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Danny Arsenault, au palais de justice de Montréal, en janvier 2019

À la lecture des commentaires, M. Arsenault a ricané à quelques occasions. Au constable spécial qui lui a demandé de ne pas déranger, il s’est excusé en ajoutant qu’il avait honte.

Tournure inquiétante

Pour Mme Bouchard, toute cette histoire a pris une tournure encore plus inquiétante, à l’été 2016, lorsqu’elle a constaté que l’accusé avait publié une photo et une vidéo de l’endroit où elle travaillait à l’époque, le magasin Buzz Jeans à Westmount, et de la station de métro Vendôme, qui est située tout près. « Je me suis sentie violée », a affirmé celle qui a plus de 96 000 abonnées sur Instagram.

Peu de temps après, Charlotte Bouchard est partie étudier à Londres, où elle a choisi de ne plus bloquer l’accusé sur Instagram. Elle a plutôt commencé à prendre des captures d’écran de tous les commentaires de M. Arsenault.

S’il continuait d’être aussi harcelant, elle irait porter plainte aux autorités policières à son retour de l’Angleterre, avait-elle décidé.

« Pendant que j’étais à Londres, la situation a empiré », a confié Charlotte Bouchard.

Il m’écrivait des choses comme : j’ai hâte que tu reviennes à Montréal, on va pouvoir habiter ensemble.

Charlotte Bouchard

En septembre 2017, alors qu’elle était de retour au Québec, Charlotte Bouchard a déposé une plainte pour harcèlement sur les réseaux sociaux, particulièrement Instagram, mais aussi Twitter.

Il y avait aussi eu un évènement où Arsenault lui aurait écrit qu’il avait vu son ex-copain dans un restaurant qu’elle fréquentait régulièrement.

« Ç’a changé mon quotidien », a dit la jeune femme. « Je ne me sentais pas en sécurité lorsque je marchais seule. Et dès que quelqu’un me regardait trop longtemps, je me disais que ça pouvait être lui. »

Près de 1850 communications

Dans leur enquête qui a duré quelques mois, les autorités policières ont préservé près de 1850 communications de la part de Danny Arsenault à l’intention de la présumée victime. Ils ont constaté que l’accusé utilisait alors trois pseudonymes sur Instagram, soit « occasion perdue », « moineau originel » et « conclusion tardive ».

Danny Arsenault se représente seul. À un moment, il a expliqué à la juge Silvie Kovacevich qu’il y avait, selon lui, une différence entre envoyer plusieurs courriels à une personne et commenter des publications sur les réseaux sociaux. Il a aussi signalé qu’il n’invoquera pas des problèmes de santé mentale pour se défendre.

Le 14 février 2018, lors de sa déclaration aux policiers, le Montréalais avait avoué qu’il s’était « trop investi dans cette relation ». Il a ajouté qu’il avait aussi essayé de séduire « une belle fille de la télé », mais que ça n’avait pas fonctionné. « Je courtise les filles à ma façon », avait-il expliqué.

Le procès se poursuivra mardi au palais de justice de Montréal.