Un monument de la politique municipale à Laval a été accusé d’avoir accepté des pots-de-vin dans son organisme communautaire, vendredi matin, alors que la Ville s’apprêtait à baptiser un aréna à son nom.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Jacques St-Jean, conseiller municipal à Laval pendant 24 ans et ex-allié du maire Gilles Vaillancourt, a comparu pour faire face à cinq accusations criminelles.

Selon la police, il acceptait les pots-de-vin de délinquants qui n’avaient pas envie de faire les travaux communautaires auxquels ils avaient été condamnés. Toujours selon l’enquête, M. St-Jean utilisait son rôle au sein d’un organisme qu’il a créé, l’Association des citoyens de Saint-François, comme couverture.

« L’enquête a démontré que ce monsieur falsifiait les formulaires de travaux compensatoires en échange d’une somme d’argent », a expliqué Stéphanie Beshara, porte-parole du Service de police de Laval. « Il y a environ 10 à 15 dossiers dans lesquels les enquêteurs ont trouvé des anomalies, mais ce n’est pas impossible qu’il y en ait plus. »

Ces accusations n’ont pas été prouvées devant la justice. L’octogénaire a plaidé non coupable vendredi matin.

Un aréna à son nom

M. Saint-Jean, 85 ans, était synonyme de hockey à Laval : il a fondé une école sportive qui porte son nom, a dirigé le National de Laval et a même été admis au Temple de la renommée.

En janvier dernier, le conseil municipal avait même voté à l’unanimité une résolution visant à rebaptiser l’aréna Saint-François pour lui donner le nom de M. St-Jean, à l’initiative du conseiller municipal David De Cotis. Le dossier cheminait toujours dans les instances lavalloises cette semaine.

La police de Laval a indiqué avoir ouvert une enquête sur M. St-Jean en février 2020 et l’avoir arrêté une première fois en septembre 2020. Cela ne l’a pas empêché de poser pour les photographes, dans les mois suivants, devant l’aréna qui doit prendre son nom.

Joint par La Presse, David De Cotis s’est dit très surpris par le dépôt d’accusations criminelles contre M. St-Jean. Il a fait valoir que le comité de toponymie de la ville, qui doit approuver le changement de nom de l’aréna Saint-François, devrait mettre sa demande de côté pour le moment.

« Je suis un peu dans un état de choc. M. St-Jean était bien connu à Laval pour son bénévolat, pour aider tout le monde », a dit M. De Cotis. « C’est sûr qu’avec ce que j’entends maintenant, on devrait arrêter le processus de renommer l’aréna. »

Le cabinet du maire Marc Demers n’a pas voulu commenter le dossier.

Conseiller municipal pendant 24 ans

M. St-Jean s’était présenté à la mairie de Laval en 2012, après la démission de Gilles Vaillancourt, mais ses collègues du conseil municipal lui avaient préféré Alexandre Duplessis. Il a quitté la politique municipale en 2017, alors qu’il était le doyen du conseil.

Il est accusé aux côtés d’un dénommé Charles Dudley, lui aussi domicilié à Laval.

En plus de l’accusation de fraude, l’ex-élu devra aussi se défendre d’accusations d’entrave à la justice et de fabrication et d’utilisation de faux.

Joint au téléphone, M. St-Jean a nié qu’il avait été accusé au criminel, avant de reconnaître qu’il avait « rencontré des gens » au palais de justice de Laval vendredi matin, puis de raccrocher. Son avocat, MEmmanuel Kouzelis, a indiqué qu’il n’avait pas encore pu prendre connaissance des faits qui lui sont reprochés.

« Il n’a pas de conditions, il a comparu en liberté [vendredi] matin », a confirmé MVanessa Dorval, la procureure de la Couronne au dossier. « Le dossier a été remis pour la forme au 18 juin prochain à Laval. » La victime citée à l’accusation pour le chef de fraude est « le public ». « Je ne peux pas vous en dire plus que ça », a dit MDorval.