À la lecture du dossier carcéral de Ryan Wolfson, tueur qui a été condamné à vie sans possibilité de libération avant 25 ans, un expert a affirmé ne pas comprendre pourquoi ce criminel avait été libéré du pénitencier où il était détenu en 2012 : il représentait un risque élevé de récidive, à son avis. Or, quelques mois après sa libération, Wolfson a tué une personne et tenté d’en tuer d’autres, dont Dannick Lessard, qui réclame 3,2 millions aux autorités fédérales.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

MPierre Tabah a été mandaté par Dannick Lessard pour rédiger un rapport d’expertise sur le dossier carcéral de Ryan Wolfson. « J’ai vraiment pris le temps pour bien faire les choses », a dit l’avocat mardi au palais de justice de Montréal, en ajoutant qu’il avait mis 72 heures de travail dans ce dossier. Et son constat est clair : il s’explique bien mal le choix de libérer M. Wolfson alors que « tout pointait vers l’opposé ».

MTabah a expliqué à la barre des témoins que Ryan Wolfson était, en 2011, à sa troisième peine fédérale. Le 30 mai 2011, le détenu lui-même aurait dit vouloir renoncer à sa semi-liberté, parce qu’il était trop violent. Près d’un an plus tard, soit en mars 2012, alors qu’il avait purgé les deux tiers d’une peine pour vols par effraction, il a finalement été libéré du pénitencier. Après s’être sauvé de sa maison de transition, le criminel a commis plusieurs crimes. Selon l’ex-hockeyeur Dannick Lessard, il a notamment tenté de le tuer en le criblant de balles.

Wolfson lui-même aurait donc avoué qu’il était violent. Un fait qui aurait dû être pris en compte avant de lui accorder une libération conditionnelle. Tout comme le fait, toujours selon l’avocat spécialisé en droit carcéral, qu’il n’avait pas toujours respecté ses conditions de libération dans le passé et qu’il avait des liens avec le crime organisé. Son risque de réintégration social était bas, et son risque de récidive était élevé, a ajouté MTabah.

« On a maintenu détenus des gens pour moins que ça », a-t-il lancé au juge Bernard Jolin, de la Cour supérieure.

MTabah a aussi remis en question la décision de donner la tâche d’évaluer le dossier de la remise en liberté conditionnelle de M. Wolfson à une stagiaire du Service correctionnel du Canada. « Je n’ai jamais vu ça dans ma carrière », a lâché l’avocat d’expérience. Un choix qui a aussi été critiqué lundi par l’ex-gardienne de prison Marie-Renée Côté, qui a aussi été entendue comme témoin dans cette affaire.

Même si cette troisième peine n’était pas pour un crime violent, le meurtrier avait des antécédents de comportements violents dont on aurait dû tenir compte au moment de prendre la décision, a aussi soulevé MTabah.

Rappelons que le procès s’est ouvert lundi. Dannick Lessard reproche au Service correctionnel du Canada d’avoir libéré trop hâtivement Ryan Wolfson du pénitencier où il était détenu. Il a reçu neuf balles à la sortie d’un bar de danseuses où il travaillait en 2012. En plus d’un choc post-traumatique, l’agression a laissé énormément de séquelles, dont un poumon en moins.