Cinq féminicides en moins d’un mois au Québec : cette situation que beaucoup lient directement au confinement préoccupe grandement la ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, qui demande à la population de rester à l’affût des signes de violence conjugale autour d’elle en ces temps difficiles.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

« Le fait de voir les cas qui s’additionnent, ça me fait excessivement peur », a-t-elle confié en entrevue avec La Presse.

Sylvie Bisson, 60 ans, et sa fille Myriam Dallaire, 28 ans, ont été tuées à coups de hache lundi soir dans leur résidence de la municipalité de Sainte-Sophie. Le suspect de ce double féminicide, homme de 33 ans qui était en couple jusqu’à tout récemment avec Mme Dallaire, sera rencontré par les policiers lorsque son état de santé le permettra.

En guise d’introduction à sa conférence de presse sur la situation de la COVID-19, le premier ministre François Legault s’est exprimé sur cette tragédie. « Ça n’a pas de bon sens qu’en 2021, on vive comme des barbares. Nous sommes dans une société civilisée. Toutes les femmes et tous nos enfants ont le droit à un milieu sécurisé. »

Il n’y a rien de masculin, il n’y a rien de viril à être violent avec une femme. Au contraire, je trouve ça lâche.

François Legault, premier ministre du Québec

En entrevue, la ministre Isabelle Charest n’a pas caché que ce double féminicide, ajouté aux trois autres meurtres dans le dernier mois, met le gouvernement aux aguets. « Beaucoup de choses ont été mises en place, beaucoup d’autres le seront dans les prochains mois », a-t-elle promis. Parmi les actions déjà prises, il y a eu l’augmentation des ressources financières de maisons d’hébergement pendant la pandémie de COVID-19.

Pour Mme Charest, la pandémie a placé des femmes dans une situation vulnérable. Elle affirme que des organismes, comme SOS violence conjugale, enregistrent une hausse des demandes d’aide depuis un an.

Les centres d’hébergement pour femmes Les Maisons de l’Ancre ont aussi indiqué à La Presse avoir reçu plus d’appels à l’aide que d’habitude ces 12 derniers mois. En 2020, ils ont même dû refuser 895 demandes d’hébergement, faute de place. Vérification faite auprès de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, dont font partie Les Maisons de l’Ancre : au moins 10 000 demandes ont dû être refusées à la grandeur de la province en 2020, par les 36 établissements qu’elle représente.

« C’est sûr que le contexte pandémique exacerbe la violence. Et cette violence est plus violente », a expliqué la directrice générale des Maisons de l’Ancre, Julie Chevalier. « Les femmes qui appellent sont encore plus en détresse que d’habitude. Elles ont des besoins urgents. »

Tous ces féminicides, ça nous dit que la société est vraiment mal en point. Mais les féminicides ne sont que la pointe de l’iceberg. Il y a tellement d’autres situations dont on n’entend pas parler ! C’est très inquiétant.

Julie Chevalier, directrice générale de l’organisme Les Maisons de l’Ancre

La directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, Manon Monastesse, n’y va pas par quatre chemins : le contexte de la pandémie, notamment à cause de l’isolement, est « un terreau fertile pour le conjoint violent ».

« Bon an, mal an, lorsqu’on analyse les statistiques de la Sécurité publique, on voit qu’il y a environ 12 homicides en contexte de violence conjugale au Québec. Nous sommes déjà à cinq et nous ne sommes qu’au début de mars. C’est fou et inquiétant », a affirmé Mme Monastesse. Dans l’ensemble du pays, a-t-elle ajouté, une femme est tuée tous les deux jours par son conjoint ou son ex-conjoint.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Sylvie Bisson et sa fille Myriam Dallaire ont été tuées lundi soir dans leur résidence de la municipalité de Sainte-Sophie.

Cette augmentation de la violence conjugale ne touche pas que le Québec, a d’ailleurs souligné Geneviève Lessard, directrice de Recherches appliquées et interdisciplinaires sur les violences intimes, familiales et structurelles.

« C’est une observation consensuelle à l’international. L’Organisation mondiale de la santé et l’Organisation des Nations unies, entre autres, ont fait ce constat », a expliqué Mme Lessard.

« Quand le gouvernement met en place des mesures pour assurer la santé physique de la population comme le confinement, ça vient juste donner de la corde au conjoint qui a des comportements violents pour contrôler l’autre », a-t-elle ajouté.

Julie Laforest, conseillère scientifique en prévention de la violence à l’Institut national de santé publique du Québec, explique pour sa part que la violence conjugale mortelle ne touche pratiquement que les femmes et les enfants.

« La violence conjugale et l’homicide conjugal ont une dimension genrée qui est très, très importante. C’est la forme de violence la plus fréquente faite aux femmes partout dans le monde, y compris au Québec. »

D’après elle, il faut continuer de sensibiliser la population à ce sujet pour prévenir la violence conjugale. La réduction des inégalités entre les hommes et les femmes est aussi une avenue à envisager pour y arriver.

La ministre Charest a également tenu à rappeler l’importance que tout le monde soit à l’affût des signes de violence conjugale dans la population, surtout en temps de pandémie, où l’isolement social est exacerbé.

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SOS violence conjugale : 1 800 363-9010,
24 heures sur 24, 7 jours sur 7.