Quatre ans et demi après l’explosion d’un camion-citerne sur l’autoroute Métropolitaine, la coroner conclut que la mort du camionneur Gilbert Prince était « accidentelle » et « certainement évitable ». Elle recommande ainsi de lancer une campagne de sensibilisation concernant la distance sécuritaire entre les véhicules.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Ce tragique accident survenu le 9 août 2016 en plein cœur de Montréal a marqué les esprits en raison des images saisissantes du carambolage monstre impliquant notamment deux camions-citernes. Prisonnier de sa cabine, le camionneur Gilbert Prince est mort par suffocation dans le violent brasier.

Le rapport d’investigation de la coroner MStéphanie Gamache, rendu public mardi matin, ne fait toutefois pas de nouvelles révélations sur les circonstances de l’accident. Le rapport reprend de grands pans du rapport d’enquête exhaustif de la CNESST de juin 2017.

Vers 15 h 55 ce jour-là, un camion-citerne d’avitaillement de Bombarder s’immobilise abruptement sur la voie centrale de la Métropolitaine près de la rue Lajeunesse. Un camion-cube s’arrête de justesse derrière le camion-citerne, mais un camion-remorque percute de plein fouet le camion-cube. C’est à ce moment qu’un quatrième poids lourd, le camion-citerne conduit par Gilbert Prince, percute le véhicule devant lui.

Le camion de Gilbert Prince se trouvait à 31 mètres du troisième camion. Une distance insuffisante pour éviter la collision. À l’instar de la CNESST, la coroner Gamache conclut que la « distance insuffisante » entre les deux camions a contribué à l’accident. « Cet élément contributif constitue une erreur de conduite malheureuse et fatale chez un camionneur expérimenté », soutient la coroner.

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Gilbert Prince

C’est pourquoi MGamache recommande à la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) de lancer une campagne de sensibilisation auprès de la population et auprès de l’industrie des véhicules lourds en particulier « afin de rappeler à tous l’importance de respecter une distance suffisante entre les usagers de la route en tout temps, été comme hiver ».

L’usure et l’entretien « déficient » des boulons de serrage du camion-citerne de Bombardier représentent un élément d’une « importance majeure » qui a contribué à la mort de Gilbert Prince, ajoute la coroner. C’est justement ce dispositif déficient permettant d’appliquer les freins pour les chargements de carburant qui a provoqué l’arrêt soudain du camion de Bombardier. Ce type de camion-citerne est normalement utilisé sur le tarmac de l’aéroport, mais peut rouler sur l’autoroute à l’occasion.

« Fermer les yeux sur cette problématique récurrente engendre une situation potentiellement dangereuse qui s’est, de fait, matérialisée le 9 août 2016 », conclut-elle. En effet, le camion de Bombardier s’était arrêté à quatre reprises lors des deux seuls autres déplacements du camion en 2016. La CNESST a conclu que Bombardier n’avait fait aucun suivi adéquat pour corriger ce problème avant l’accident tragique.

« Différentes options étaient pourtant disponibles pour la compagnie d’aéronautique. Un voyant lumineux et un mécanisme de contournement du dispositif d’inter-verrouillage des freins auraient pu être installés sur le camion-citerne d’avitaillement, comme c’est le cas pour l’autre camion plus récent de la compagnie d’aéronautique », écrit la coroner.

MGamache ne fait toutefois aucune recommandation à cet effet, puisque Bombardier a depuis remisé ce type de camion. D’ailleurs, Transport Canada estime qu’il n’est pas nécessaire de modifier ses normes à ce sujet, puisque le camion impliqué « ne reflète pas les pratiques actuelles dans l’industrie », ajoute la coroner.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a décidé en mars 2019 de ne porter aucune accusation criminelle dans cette affaire.