La preuve est close au procès de Sabrina Rose Dufour pour l’homicide involontaire de son ex-conjoint violent. Talonnée pendant deux jours en contre-interrogatoire, la jeune mère a maintenu avoir poignardé la victime pour protéger sa grossesse et a nié s’être « sauvée » des policiers.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« Il se dirigeait vers moi. Il était en train de lever les bras et de faire un geste pour me frapper, pour m’attaquer. J’ai eu peur. J’ai fait un coup [de couteau] par réflexe. Il avançait vers moi. [Il a dit] : “Ah, tu m’as poignardé.” Ça s’est passé très vite », a expliqué la femme de 28 ans au jury jeudi après-midi.

Depuis deux semaines, Sabrina Rose Dufour a son procès devant jury pour homicide involontaire au palais de justice de Montréal. La violence conjugale est au cœur de cette affaire. La Montréalaise est accusée d’avoir tué Philip Lloyd Celian, son ex-conjoint âgé de 24 ans, en le poignardant à la poitrine, le 6 février 2019, dans leur appartement d’Hochelaga-Maisonneuve.

PHOTO DÉPOSÉE EN PREUVE

Le couteau utilisé lors des évènements tragiques du 6 février 2019

À la barre des témoins depuis mardi, Sabrina Rose Dufour a raconté au jury avoir été victime de violence conjugale à de nombreuses reprises, depuis 2017, aux mains de Philip Lloyd Celian. Coups de poing au visage, étranglement, coups de pied : la jeune femme a témoigné avoir fréquemment subi les excès de colère de son conjoint, souvent sous l’effet de la drogue et de l’alcool.

Un mois avant les évènements tragiques, Sabrina Rose Dufour résidait dans une maison d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale. Elle continuait toutefois de voir son ex à l’occasion, puisqu’elle venait d’apprendre qu’elle était enceinte de celui-ci. Or, Philip Lloyd Celian souhaitait sa mort et la mort du fœtus, selon Sabrina Rose Dufour. Son ex-conjoint ne voulait pas de « bâtard multicolore », indique un message texte.

Selon l’accusée, Philip Lloyd Celian l’a battue à plusieurs reprises la veille du drame. Un témoin de la défense a d’ailleurs expliqué au jury avoir vu la jeune femme le visage « magané » par des bleus quelques heures avant la mort de Philip Lloyd Celian. C’est dans ce contexte que la victime aurait attaqué Sabrina Rose Dufour dans leur appartement, le 6 février 2019. L’accusée maintient donc avoir agi par légitime défense.

En contre-interrogatoire, MJasmine Guillaume a tenté d’ébranler la crédibilité de l’accusée en démontrant par des images d’une vidéo de surveillance que Sabrina Rose Dufour ne portait aucune bague quelques heures avant le drame. Cette bague est au cœur du procès, puisque l’accusée allègue avoir utilisé un couteau pour enlever sa bague dans les instants cruciaux.

Or, les images de mauvaise qualité font qu’il est difficile d’observer clairement les mains de l’accusée. « Le matin, j’avais la bague, je peux le jurer », s’est d’abord défendue Sabrina Rose Dufour, avant d’ouvrir la porte à la possibilité qu’elle ne la portait pas au dépanneur. Mais peu importe, l’accusée assure « à 1000 % » qu’elle portait la bague, lorsque Philip Lloyd Celian a tiré sur son doigt pour la retirer.

PHOTO FOURNIE

Philip Lloyd Celian

Selon le rapport de toxicologie, Philip Lloyd Celian avait consommé du Xanax (alprazolam) avant sa mort. Ainsi, la Couronne suggère qu’il devait être relativement amorphe lorsqu’il a été tué. Une version rejetée par Sabrina Rose Dufour. « Honnêtement, il n’était pas endormi. Il était excité, il n’était pas différent », a-t-elle expliqué.

La procureure de la Couronne a également insisté en contre-interrogatoire sur le comportement de l’accusée après avoir poignardé son ex-conjoint en suggérant qu’elle avait utilisé la porte arrière de l’immeuble pour se sauver des policiers.

« Non, non, non, ce n’était vraiment pas mon but. Je n’avais aucunement l’intention de me sauver des policiers », a martelé l’accusée, qui utilisait souvent cette sortie après des disputes. « J’ai sous-estimé les conséquences de mon geste. Lorsque j’ai entendu les sirènes, j’ai réalisé qu’il n’était pas juste blessé un petit peu », a-t-elle ajouté. C’est pourquoi elle est retournée sur les lieux pour se rendre aux policiers.

Les plaidoiries sont prévues lundi matin devant la juge Hélène Di Salvo. MFrançois Taddeo représente l’accusée.