Un intervenant auprès des jeunes d'un organisme communautaire figure au nombre des individus arrêtés mercredi matin dans l’opération policière menée dans le fief des Rouges de Montréal-Nord.

Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

Marc Saint-Félix, 30 ans, a comparu au palais de justice de Montréal et a été accusé de trafic d’armes, de possession non autorisée d’une arme à feu, de possession d’une arme à feu lors de la perpétration d’un crime, de trafic de stupéfiants et d’avoir vendu du cannabis. Il demeure détenu jusqu’à son enquête sur remise en liberté fixée ce jeudi.

Aux dernières nouvelles, Saint-Félix travaillait pour le Café jeunesse multiculturel, situé au coin des rues Lapierre et Pascal, en plein cœur du secteur que les policiers surnomment le « Bronx », du nom de l’un des arrondissements de New York où la violence faisait rage à une certaine époque.

Le café se décrit sur sa page Facebook comme « un organisme à but non lucratif qui investit dans la jeunesse de Montréal-Nord depuis 35 ans » et qui a pour mission d’offrir dans le quartier « un lieu permanent de rencontres et d’échanges aux jeunes de différentes cultures, âgés de 13 à 30 ans, en créant un espace favorable au développement personnel, à l’intégration, à l’implication ».

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

L’opération policière a été effectuée dans le quartier de Montréal-Nord, au coin des rues Lapierre et Pascal.

Au cours des derniers mois, Marc Saint-Félix a fait quelques entrevues avec des journalistes à titre de travailleur de rue pour le Café jeunesse multiculturel, et a notamment dénoncé le fait que des jeunes de Montréal-Nord avaient reçu des amendes salées pour ne pas avoir respecté les mesures sanitaires de la COVID-19.

Saint-Félix a peu d’antécédents criminels, notamment une peine de 90 jours de prison pour une affaire de menaces survenue en 2013. Sa plus récente condamnation, qui date de 2017, est une amende de 150 $ pour possession simple de stupéfiants.

Le responsable du Café jeunesse multiculturel n’avait pas rappelé La Presse au moment d’écrire ces lignes.

Une première en près de cinq ans

La frappe antidrogue de mercredi dans ce secteur de Montréal-Nord était la première d’importance en près de cinq ans, alors qu’un homme avait été mortellement atteint par une balle de plastique tirée par un policier du Groupe tactique d’intervention (GTI) du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) en mars 2016.

Après cette frappe, qui avait coûté la vie à Bony Jean-Pierre, La Presse avait révélé que la direction du SPVM avait émis une directive interdisant aux enquêteurs de procéder à des arrestations dans les secteurs chauds de Montréal-Nord, et d’attendre plutôt que les suspects quittent ces quartiers pour les appréhender. Cette époque semble révolue.

Ce n’est pas parce que tu habites dans le quartier chaud de Montréal-Nord que tu es à l’abri. On ne tolérera pas de comportements et de carrières criminelles qui mettent en danger la population et qui viennent attaquer la fibre du sentiment de sécurité.

Patrick Lavallée, inspecteur du SPVM responsable de la région nord-est

« Je demande à mes gens de ne pas travailler comme des artisans, mais comme des artistes. À l’occasion, c’est préférable de ne pas arrêter un suspect et d’y aller par sommation. Leur mandat est d’arrêter les gens recherchés ou qui commettent des crimes et des incivilités. Je n’ai donné aucune instruction de ne pas agir, au contraire. Mais tout est dans la façon de faire », dit l’inspecteur Lavallée.

La frappe de mercredi se veut une réponse à plusieurs évènements violents survenus ces derniers mois à Montréal-Nord. Cinq individus ont été appréhendés, dont le travailleur de rue. M. Lavallée n’a pas voulu commenter cette arrestation, qui envoie tout de même un autre message clair.

« Les gens doivent lire l’intervention policière pour ce qu’elle est, et tirer leurs conclusions. On parle ici à l’ensemble du milieu et de la communauté nord-montréalaise. Le SPVM intervient auprès d’individus en fonction de leurs comportements », s’est-il limité à dire.

« Chorégraphie exécutée au quart de tour »

Il est toujours difficile pour les policiers d’intervenir dans ce secteur chaud de Montréal-Nord.

Alors que des émeutes avaient suivi l’opération qui avait mal tourné en 2016, les policiers n’ont couru aucun risque mercredi. Ils étaient plus d’une centaine, des patrouilleurs, des enquêteurs, des membres du GTI et même des cavaliers, à prendre part à l’opération ou à patrouiller dans le secteur, pendant et après la frappe.

Des policiers étaient même prêts à rencontrer des résidants qui auraient pu être traumatisés par l’opération, mais ils n’ont pas eu à intervenir.

« Pour moi, l’opération a été une chorégraphie exécutée au quart de tour. Il n’y a pas eu d’incidents malheureux, pas de gens avec lesquels les policiers ont dû se tirailler, ça s’est très bien passé. On est très heureux du résultat », dit l’inspecteur Lavallée.

Après l’opération, celui-ci s’est entretenu au téléphone avec 25 acteurs importants de l’arrondissement.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Marc Saint-Félix

« Les gens ont poussé un soupir de soulagement. Ils étaient très contents de voir qu’enfin, on arrivait avec une intervention qui donnait des résultats. Il y avait beaucoup d’espoir et d’attentes envers le SVPM », décrit l’inspecteur.

Ce dernier a tenu à féliciter ses policiers pour leur travail effectué durant tout l’été, pas toujours dans des conditions faciles en raison de la pandémie de COVID-19.

Il a rappelé plusieurs interventions menées par ceux-ci, notamment des opérations de porte-à-porte effectuées à deux reprises, pour rassurer la population, à la suite de deux épisodes d’évènements avec coups de feu.

Il invite les citoyens à continuer de signaler des évènements, en composant le 911, en se rendant au poste de quartier 39, ou en communiquant avec Info-Crime. « Il n’y a pas de petite information. On ne lâche pas ! On va continuer. On n’abandonne pas les citoyens », conclut l’inspecteur Lavallée.

Outre Marc Saint-Félix, Pierre Richard Carius a comparu et a été accusé de trafic de stupéfiants. Son enquête sur remise en liberté a également été fixée à jeudi. Les autres individus arrêtés ont été relâchés avec promesse de comparaître. Des suspects sont aussi toujours recherchés.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.