Une récente surdose mortelle inquiète les autorités de santé publique, qui l’associent à une nouvelle drogue plus puissante que le fentanyl, l’isotonitazène. Des comprimés contrefaits, vendus aux consommateurs sans qu’ils sachent ce qu’ils achètent, se retrouvent sur le marché noir dans différentes régions du Québec.

Alice Girard-Bossé Alice Girard-Bossé
La Presse

L’isotonitazène, un opioïde de synthèse, peut engendrer un arrêt respiratoire même à de très faibles doses. « Pour quelqu’un qui n’a pas l’habitude de prendre des opioïdes, un comprimé pourrait certainement être mortel », affirme Carole Morissette, médecin spécialiste en santé publique à la Direction régionale de santé publique de Montréal.

L’isotonitazène se présente souvent sous la forme d’un comprimé bleu portant l’inscription A/215, soit une imitation d’un comprimé de 30 mg d’oxycodone, un opioïde médicamenteux normalement vendu sur ordonnance. « Pour le consommateur, il n’est pas possible à la simple vue de différencier les deux. Il faut absolument des analyses de laboratoire pour les identifier », explique le sergent Jacques Théberge, de l’Unité mixte d’enquête sur le crime organisé de la Gendarmerie royale du Canada à Montréal.

Selon le Service de police de la Ville de Montréal, quelques saisies ont eu lieu depuis le début de l’été 2020 à Montréal, dont une de 2000 comprimés d’isotonitazène, le 22 juillet dernier. Cela laisse croire à une plus forte présence de cette drogue sur le territoire montréalais. Une alerte a également été lancée par Santé Montréal, le 5 novembre dernier, en lien avec le décès d’un homme qui serait probablement survenu à la suite de l’ingestion d’un comprimé bleu d’isotonitazène.

À l’heure actuelle, les spécialistes n’ont aucune idée de la quantité de drogue que contiennent ces comprimés. La Dre Morissette mentionne toutefois que cet opioïde de synthèse est encore plus puissant que le fentanyl et qu’une quantité minime est suffisante pour provoquer un arrêt respiratoire pouvant entraîner la mort.

Bien que cela soit moins fréquent, les comprimés d’isotonitazène peuvent également se retrouver sous d’autres formes. Le sergent Théberge mentionne que le Service de police de Sherbrooke en a récemment saisi sous forme de comprimés bleus portant la mention « M » d’un côté et « 30 » de l’autre.

Carole Morissette craint que l’on assiste bientôt à une augmentation du nombre de surdoses et de décès liés à la présence de cette nouvelle drogue dans plusieurs régions du Québec.

Le marché est vraiment instable, il y a beaucoup de nouvelles substances qui circulent.

Carole Morissette, médecin à la Direction régionale de santé publique de Montréal

La médecin recommande aux personnes qui consomment une drogue de toujours commencer avec une petite dose afin de tester ses effets. Les spécialistes suggèrent également de ne jamais consommer seul et d’être accompagné de quelqu’un qui pourrait intervenir en cas de besoin. « Dans le contexte de la COVID-19, beaucoup de personnes sont isolées, mais c’est important de s’assurer qu’il y a une personne désignée pour appeler le 911 s’il arrive quelque chose », mentionne-t-elle.

En cas de surdose d’isotonitazène, la naloxone doit être utilisée pour renverser les effets néfastes. Ce produit, que l’on retrouve en injection intramusculaire ou en vaporisateur intranasal, est gratuit dans toutes les pharmacies communautaires du Québec. « Les proches ou les personnes qui consomment devraient toujours avoir avec eux de la naloxone en quantité suffisante. Ça peut vraiment sauver des vies », précise la Dre Morissette.