Alors que le jury amorce ses délibérations au procès pour meurtre de Simon Brind’Amour, les parents de Josiane Arguin plaident pour que les femmes victimes de violence conjugale soient mieux prises en charge par le système afin d’éviter d’autres meurtres conjugaux.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

« Les femmes ont peur et ne veulent pas parler, parce qu’elles ont peur de se faire battre encore. Il faut que quelque chose se passe », plaide Gaétane Gilbert, la mère de la victime. « Elles ne sont pas toujours écoutées », ajoute son conjoint Robert Gagnon. Les proches de Josiane Arguin se sont confiés à La Presse après la séquestration du jury mercredi en fin de journée pour parler de leur « Josie », cette artiste dans l’âme partie trop tôt.

Selon Mme Gilbert, des mesures doivent être prises pour aider les femmes violentées, qui comme sa fille, sont soumises à une « forte domination » par leur conjoint. « Parfois, les femmes ne font pas de plaintes écrites à la police, mais elles sont quand même dans ce bateau. C’est arrivé à Josiane. La police est allée la porter à Mont-Laurier, mais il ne s’est rien passé, plus rien », déplore-t-elle.

« [Chaque intervention] devrait être automatiquement transmise à un organisme pour femmes battues, même s’il n’y a pas de plaintes écrites », plaide la mère de la défunte.

Campagnes de sensibilisation auprès du grand public, formation continue des policiers, rôle accru des intervenants : le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale presse le gouvernement Legault de mettre en place une série de mesures pour éviter les féminicides et réduire la violence conjugale.

« Les policiers ont seulement une formation de base, c’est problématique. Ils doivent être formés en continu à la réalité des femmes. Ils doivent aller au-delà de la violence physique. Il y a toute la question du contrôle qui leur échappe », soutient Mathilde Trou, coresponsable des dossiers politiques au Regroupement.

COURTOISIE FAMILLE

Josiane Arguin, 34 ans, a été tuée le 1er septembre 2018 à Montréal. Son conjoint Simon Brind’Amour est accusé de meurtre au second degré.

« On la pensait en sécurité »

La femme de 34 ans a été battue à mort par son conjoint Simon Brind’Amour à coups de baguette de billard, le 1er septembre 2018, dans le quartier Ahuntsic à Montréal. Les dernières paroles de Josiane Arguin sont à glacer le sang : « Je suis une femme battue ! ». « Si tu veux être une femme battue, tu vas savoir c’est quoi être une femme battue », a alors lancé Simon Brind’Amour.

La mère de Josiane Arguin peine encore à comprendre comment sa fille « intelligente et avec du caractère » s’est retrouvée sous le joug de Simon Brind’Amour. « Rendue à 34 ans, elle voulait une famille. On la pensait en sécurité… Plus que ça allait, moins on la voyait. Il l’a comme dominée pour qu’elle reste à la maison », soutient Gaétane Gilbert.

PHOTO DE COUR

Simon Brind’Amour

« Comment elle a fait pour arriver là, alors que l’année d’avant, elle allait à l’université et s’entraînait ? Je ne comprends pas… Mais elle était tellement contente d’avoir rencontré quelqu’un avec des enfants. Elle espérait beaucoup… La dernière fois que je lui ai parlé, elle m’a dit : je ne suis pas pour toute crisser ça là », se remémore sa mère.

Au procès, Simon Brind’Amour a brossé un sombre portrait de Josiane Arguin. Il a décrit une femme agressive, instable, peu fiable et toxicomane. Il s’est même posé en victime de celle-ci en expliquant au jury avoir été frappé par Josiane le matin fatidique. « Je m’en allais l’aider et […] je me fais tasser, pousser, pis heurter », a-t-il témoigné.

Un portrait « illogique », martèle le père de Josiane, Denis Arguin. « Cette histoire-là, ce n’est pas elle », maintient-il. Josiane était une véritable passionnée d’arts. Elle faisait de la peinture, jouait du violon, discutait littérature, aimait les bons vins, énumère-t-il. « Elle se prêtait beaucoup à l’art culinaire. Elle a travaillé dans plusieurs hôtels 4, 5 étoiles », ajoute Gaétane Gilbert. Josiane était « aimée de tout le monde », renchérit son beau-père Robert Gagnon.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

M. Denis Arguin, le père de Josiane (victime d’homicide), est sorti de la salle d’audience submergé par les émotions au début du procès

Pour rendre leur verdict, le jury doit essentiellement se baser sur trois versions des aveux de l’accusé, puisque le corps de Josiane n’a jamais été retrouvé. Simon Brind’Amour s’est d’abord confié à son ex-conjointe Sandra Cormier avant de tout avouer aux policiers. Ces récits diffèrent toutefois légèrement du témoignage rendu devant le jury. Par exemple, Simon Brind’Amour aurait utilisé une deuxième arme pour tuer Josiane, soit un bâton de baseball, selon Mme Cormier.

Le jury doit trancher parmi trois verdicts : meurtre au second degré, homicide involontaire et non criminellement responsable pour cause de troubles mentaux. Les procureurs de la Couronne MLouis Bouthillier et MKaterine Brabant soutiennent que Simon Brind’Amour avait bien l’intention requise pour enlever la vie de sa conjointe ce jour-là et réclament un verdict de meurtre.

En défense, MMaxime Raymond a demandé au jury de déclarer Simon Brind’Amour coupable d’un homicide involontaire, puisque son cerveau a « craqué » et n’a pas « fonctionné adéquatement » au moment du crime, commis dans un contexte de « violence, dénigrement et crise de la part de Josiane Arguin ».

Un expert de la défense, le psychiatre DSylvain Faucher a témoigné que Simon Brind’Amour avait eu un épisode de « dissociation ». Un diagnostic écarté par l’expert de la Couronne. Il n’y a aucun élément psychiatrique dans cette affaire, selon DGilles Chamberland. La défense de troubles mentaux concerne une défense d’automatisme.

Les délibérations se poursuivent vendredi. La juge Hélène di Salvo préside le procès.