Le petit Brandon Pineault, 5 ans, et son grand frère de 7 ans, Nicolas, voulaient absolument aller chez eux après l’école en cet après-midi du 18 septembre. À l’école Sainte-Ursule d’Amqui, le personnel les a laissés prendre l’autobus, plutôt que d’aller au service de garde, comme c’était leur habitude. Le chauffeur les a déposés chez eux, ignorant qu’il n’y avait personne à la maison.

Katia Gagnon Katia Gagnon
La Presse

Les deux enfants ont sauté sur leur trampoline, ils ont mangé leur collation dans la cour. Et puis, ils ont décidé d’aller rejoindre leurs parents, qui travaillent dans une quincaillerie à proximité. Ils ont cherché à traverser la route 132. Un passant a retenu Nicolas au dernier moment, mais Brandon a eu le temps de s’élancer. Il a été fauché par une voiture. L’accident tragique a marqué la petite communauté d’Amqui.

« À 16 h, on a eu un appel pour nous dire qu’il y avait un problème avec les enfants, raconte Mike Pineault, le père des deux enfants. À notre arrivée, Brandon était couché par terre, en train de se faire intuber par les ambulanciers. » Le petit a été transféré à l’hôpital Sainte-Justine et est mort deux jours plus tard d’un grave traumatisme crânien.

Mais pourquoi le personnel de l’école a-t-il laissé partir les deux enfants en autobus, alors qu’ils devaient aller au service de garde ? C’est la question lancinante qui hante les deux parents depuis un mois. « Ce qu’on a compris, c’est que quand la cloche a sonné, Brandon et Nicolas ont dit qu’ils voulaient aller à la maison pour voir maman, raconte-t-il. L’école a décidé de les envoyer sans nous appeler. Ici, tout le monde se connaît. On ne comprend pas pourquoi on n’a pas communiqué avec nous. Ça aurait pris cinq secondes, et ça aurait sauvé une vie. »

Les deux enfants fréquentaient en règle générale le service de garde de leur école. Il leur était arrivé, occasionnellement, de rentrer à la maison en autobus. « À l’école, on nous a dit qu’on a cru les enfants, qui disaient qu’ils pouvaient rentrer à la maison. » M. Pineault souligne que sa conjointe est démolie par le drame, tout comme son fils aîné. Le couple a aussi une petite fille âgée de 3 ans.

Mike Pineault a accepté de parler du drame que vit sa famille pour qu’un tel accident ne puisse plus se produire au Québec.

Je veux que les gens qui travaillent en service de garde au Québec réfléchissent aux conséquences de leurs décisions. Pour que ça n’arrive plus jamais.

Mike Pineault

« Aucune négligence de la part du conducteur », dit la SQ

La Sûreté du Québec (SQ), qui a mené l’enquête sur l’accident, précise que le conducteur impliqué n’a pas fait d’excès de vitesse et que l’alcool n’avait joué aucun rôle dans la tragédie. « L’enfant a surgi à la dernière minute devant le véhicule, il n’y a eu aucune négligence de la part du conducteur », précise Claude Doiron, porte-parole de la SQ.

Une enquête du coroner est en cours.

Et l’école, est-elle à blâmer ? « C’est une addition de circonstance qui s’est soldée par un accident tragique », répond Alexandre Marion, directeur général du centre de services scolaire Monts-et-Marées. M. Marion explique que les écoles de la région offrent aux familles la possibilité de combiner le service de garde et le transport scolaire, selon les jours. Les parents signalent parfois à la toute dernière minute qu’ils désirent que leurs enfants prennent l’autobus.

« Avec les distances, ici, particulièrement en milieu rural, pour une mère de famille monoparentale, si on reconduit son enfant chez elle une fois toutes les deux semaines, ça peut faire toute une différence économique. » Mais M. Marion se demande si l’accident de Brandon Pineault ne sonnera pas la fin de ce service hybride. « Est-ce qu’on peut encore se permettre cette flexibilité ? »

Chose certaine, la tragédie a bouleversé ce coin de pays : l’école Sainte-Ursule, aménagée dans un ancien monastère qui domine la ville d’Amqui, est devenue indissociable de ce triste accident, dit Alexandre Marion.

« Toute la communauté se demande comment une telle chose a pu se produire », ajoute le député de Matane, Pascal Bérubé. Il souligne que depuis l’avènement des nouveaux centres de services scolaires, aucun élu n’a d’obligation de rendre des comptes lors de telles situations. « Il n’y a plus d’élu qui peut dire : voici ce qu’on va prendre comme mesures. »