Christian Deschênes, qui commandait les individus liés à la mafia montréalaise qui devaient attendre le pilote Raymond Boulanger et son avion contenant 4000 kilogrammes de cocaïne, le 18 novembre 1992, au bout de la piste de Casey, dans le nord du Québec, fera bientôt ses premiers pas vers la liberté pour une première fois en plus de 15 ans en pouvant profiter de sorties sans escorte.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Deschênes purge depuis les années 80 une peine totale de plus de 45 ans de pénitencier pour des crimes graves commis successivement durant les années 80, 90 et 2000.

Celui qui a aujourd’hui 64 ans, a une feuille de route criminelle hors des sentiers battus. Il avait d’abord été condamné à 10 ans pour une importante importation de haschich organisée pour le compte de la mafia et des motards. Il s’était fait prendre parce que le camion qui a servi à transporter la drogue s’était enlisé.

Il était en libération conditionnelle en novembre 1992, alors que lui et ses hommes attendaient le pilote Raymond Boulanger au bout de la piste de Casey. Mais le pilote mercenaire a été retardé, et Deschênes et ses acolytes ont quitté la piste avant que le Convair 580, qui avait décollé le matin même du nord de la Colombie et qui transportait 4000 kilogrammes de cocaïne, touche terre au Québec. Coincé, Raymond Boulanger a été arrêté et un peu plus tard, ce fut le tour de Deschênes, qui a ensuite été condamné à 23 ans additionnels.

Ayant bénéficié d’une autre libération conditionnelle, il a de nouveau été arrêté au début des années 2000 pour avoir comploté l’enlèvement et le meurtre de dirigeants de la mafia montréalaise.

Durant sa libération, après le vol d’un camion blindé, Deschênes aurait également braqué une arme à feu dans le visage de deux jeunes qui bloquaient une passerelle. Pour ces deux crimes, il a été condamné à une nouvelle peine qui explique la durée totale de 45 ans.

Mercenaire lui aussi

Les renseignements des services correctionnels identifient Deschênes comme un membre du crime organisé traditionnel colombien mais le principal intéressé nie cette information et a expliqué aux commissaires des libérations conditionnelles du Canada, durant son audience, que cette organisation n’existe pas au pays.

Il a toutefois admis avoir entretenu « divers contacts étroits auprès du crime organisé italien et avoir une certaine notoriété autant médiatique qu’auprès du milieu criminel », peut-on lire dans la décision de 12 pages de la commission. « Vous dites que les années passées comme mercenaire vous auraient amené à élargir votre réseau au niveau international », écrivent également les commissaires.

Ceux-ci soulignent que durant sa longue incarcération, Deschênes aurait été impliqué dans des activités illicites en établissement, que des stupéfiants auraient été saisis dans sa cellule et qu’il aurait fomenté un plan d’évasion, ce qu’il a toujours nié.

En revanche, Christian Deschênes aurait été la cible d’une agression en 2005 et d’un complot de meurtre trois ans plus tard.

Sur la bonne voie

Les commissaires notent que le comportement de Deschênes en détention s’est amélioré au cours des dernières années, et qu’il a fait des progrès, en admettant notamment avoir causé un certain tort à la société et en comprenant les conséquences sociales induites par le trafic de drogue.

Il a également complété plusieurs formations académiques derrière les murs et a bénéficié, depuis septembre 2019, d’une douzaine de sorties avec escorte qui se sont déroulées sans problème. Il est actuellement détenu dans un établissement de type minimum.

« Votre attachement envers certaines personnes, votre âge, et les nombreuses années d’incarcération (sentiment d’avoir passé à côté de votre vie) apparaissent dorénavant peser dans la balance sur la voie de la prosocialité », peut-on encore lire dans la décision.

En raison des récidives passées alors qu’il était en liberté conditionnelle et d’une criminalité violente fortement ancrée depuis des années, son agent de libération recommande la prudence envers Christian Deschênes et les autorités ont du mal à quantifier les risques d’une récidive future.

Le sexagénaire veut travailler dans une entreprise ; les commissaires qualifient son plan de sortie de réaliste mais se sont rendus aux recommandations de son agent de libération.

Avant de pouvoir aller en maison de transition, Christian Deschênes devra effectuer des sorties avec escorte d’une durée de 72 heures chacune, durant une période de 60 jours, une fois que les restrictions mises en place en raison de la pandémie de la COVID-19 le permettront.

« En raison de votre ancrage profond dans le crime, la commission considère que seul le temps permettra de valider votre réelle volonté de devenir un citoyen respectueux des lois, et de vérifier si votre motivation est réellement intrinsèque », concluent les commissaires.

Il sera interdit à Christian Deschênes durant ses sorties sans escorte de rencontrer ou de communiquer de façon non fortuite avec des gens impliqués dans des activités criminelles, dans le milieu des stupéfiants ou appartenant à un groupe menaçant la sécurité.

Pour joindre Daniel Renaud, composez-le (514) 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.