Un père de famille s’approche de sa voiture dans un stationnement intérieur de Côte-des-Neiges. Sans avertissement, un homme lui tire trois balles dans le dos et le laisse pour mort. Le tireur prend la fuite avec un complice, mais abandonne son revolver. Willy Jr St-Jean et Robert Novy Pierre ont mené une opération « planifiée et délibérée » pour tuer leur victime, il y a deux ans.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

C’est la théorie que la Couronne a présentée au jury lundi matin au procès des deux hommes pour tentative de meurtre et complot pour meurtre. Willy Junior St-Jean, 33 ans, et Robert Novy Pierre, 48 ans plaident toutefois leur innocence dans cette affaire, dont la preuve repose sur des éléments circonstanciels, comme de l’ADN, des caméras de surveillance et des données cellulaires.

Le procureur de la Couronne MPierre-Olivier Bolduc a amorcé sa déclaration d’ouverture en décrivant pratiquement un film hollywoodien lundi matin devant le juge Daniel Royer.

« [La victime] sent un premier coup provenant d’une décharge d’arme à feu dans son dos. Puis, un deuxième, puis un troisième. Il est au sol, incapable de se relever. Un revolver 357 Magnum est laissé sur les lieux. Le tireur quitte rapidement, il saute une clôture, il se sauve dans un véhicule conduit par un autre individu qui l’attend, moteur en marche, dans le stationnement à l’arrière de l’immeuble », a-t-il raconté au jury.

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

Willy Junior St-Jean

La victime, un homme de 38 ans et père de quatre enfants a survécu à l’attentat du 3 février 2018, mais non sans séquelles. Paralysé, il se déplace maintenant en fauteuil roulant. Selon la Couronne, la victime « n’est pas un homme sans histoire ». « Vous remarquez qu’il a un passé trouble », a indiqué MBolduc, sans plus de détails.

Selon le récit de la poursuite, les deux apprentis meurtriers n’ont pas très bien effacé leurs traces. L’ADN de Willy Junior St-Jean a en effet été prélevé sur le revolver récupéré sur les lieux du crime, a précisé MBolduc. Le véhicule de fuite aperçu sur des caméras de surveillance, un Ford Fusion, est associé à un véhicule loué par Robert Novy Pierre. Sur le contrat de location, on retrouve le numéro de téléphone d’un certain « Justin portant ». Or, il s’agit dans les faits de Willy Jr St-Jean, selon la poursuite.

PHOTO DE COUR

Une photo de la scène de crime

Des communications entre les deux accusés par cellulaire permettent « d’inférer la préparation du meurtre », a ajouté MBolduc. De plus, l’utilisateur du téléphone associé à Willy Junior St-Jean a consulté un article de journal sur une « tentative de meurtre dans Côte-des-Neiges après les faits.

« L’attentat de 2018 a toutes les caractéristiques évidentes d’un coup préparé », a résumé au jury MBolduc. Le ministère public entend présenter près de 25 témoins au cours des prochaines semaines pour faire la preuve de la responsabilité des deux hommes dans cette affaire.

Le procureur de la Couronne a toutefois mis en garde les 14 jurés de ne pas tenir compte des autres personnes qui seront nommées pendant la cause. « Ce procès n’est pas celui des intermédiaires ou des commanditaires soupçonnés, c’est le procès des présumés exécutants ». Précisons que le mobile du crime n’a pas été abordé dans l’exposé d’ouverture.

MBolduc fait équipe avec MMatthew Ferguson pour le ministère public. MMaxime Chevalier et MGabriel Bérubé Bouchard défendent M. St-Jean, alors que MAlexandra Longueville et Célia Hadid assurent la défense de M. Pierre.