(Québec) L’éditeur Michel Brûlé a été reconnu coupable mercredi d’agression sexuelle à l’endroit d’une auteure venue le rencontrer pour présenter un manuscrit.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« Le récit de la plaignante est tout à fait cohérent. Elle cherchait un partenaire d’affaire sérieux et non une aventure d’un soir », a tranché le juge Sébastien Proulx, au palais de justice de Québec. « Le Tribunal croit la plaignante. Le soir du 21 mars 2014, elle a été agressée sexuellement par l’accusé. »

La Cour du Québec était devant des témoignages contradictoires de l’éditeur et de la plaignante. Le magistrat a cru cette dernière. Il a relevé des passages « invraisemblables » dans le récit du propriétaire des Éditions des Intouchables.

« À aucun moment, elle n’a consenti aux comportements sexuels de l’accusé », conclut le juge. Ce dernier n’a pas cru l’éditeur qui avait déclaré lors de l’audience avoir senti chez la femme une « tension sexuelle ».

Les faits remontent à mars 2014. La plaignante, qu’une ordonnance nous empêche d’identifier, s’était présentée au bureau de Brûlé pour discuter d’un projet littéraire. La maison d’édition, Les Intouchables, se trouvait dans son sous-sol.

L’éditeur l’invite à monter chez lui où il se met à cuisiner des spaghettis et lui offre du vin. M. Brûlé commence ensuite à se raser la barbe et l’invite à prendre une douche. Elle refuse et lui rappelle qu’elle est là pour son manuscrit.

L’homme commence alors à l’embrasser et la toucher sur tout le corps. Elle s’oppose et dit « non » à plusieurs reprises. « L’accusé est plus grand qu’elle et plus costaud. Elle s’enfuit », a décrit le juge en rappelant le témoignage de la victime.

« Je vais te publier, je vais te publier », aurait alors crié l’éditeur à la plaignante en fuite.

Lors de l’audience tenue en février dernier, Brûlé avait fait valoir que la femme lui avait envoyé plusieurs signaux interprétés par lui comme une invitation. Il avait dit avoir pu « lire du désir » dans ses yeux.

Le juge n’a pas cru cette version. Il a aussi rappelé que jamais elle n’avait donné son consentement. Des proches de la victime ont témoigné à quel point elle avait été traumatisée par cette soirée.

« L’accusé ne s’est jamais informé du consentement de la plaignante. À l’époque, il s’était dit "ça passe ou ça casse" », indique le juge. « Il aurait déduit de l’accord volontaire de la plaignante. D’ailleurs, le Tribunal ne croit pas l’accusé quand il parle de tension sexuelle.»

La victime a pris trois ans pour porter plainte, dans la foulée du mouvement #MoiAussi.

Michel Brûlé, 56 ans, fera l’objet d’un rapport présentenciel pour établir les risques de récidive. Les représentations sur la peine auront lieu le 26 janvier prochain.