Des signalements avaient été faits à la DPJ à propos du suspect, selon la famille

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

(Québec) Michaël Chicoine a été formellement accusé lundi de deux meurtres au second degré, dans la foulée de la mort tragique de deux jeunes enfants à Wendake qui a causé une onde de choc partout au Québec ce week-end.

Âgé de 30 ans, l’accusé avait comparu une première fois dimanche en soirée, par vidéoconférence. Il l’a fait une deuxième fois en après-midi lundi, devant un juge. Peu avant, M. Chicoine a été envoyé à l’hôpital pour subir une évaluation de santé, puis a été interrogé par des enquêteurs de l’Unité des crimes contre la personne de la Sûreté du Québec (SQ).

Une lettre signée par un médecin du CHU de Québec a aussi été envoyée au Tribunal, mais a été mise sous scellé. Rappelons que le corps policier avait été appelé à intervenir vers 2 h, dans la nuit de samedi à dimanche, par le Service de police de Wendake après la découverte des cadavres des deux enfants, dans une résidence de la rue Chef Nicolas-Vincent. Plus tard, M. Chicoine s’est présenté lui-même à un poste du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), en lien avec ce qui s’était produit.

Deux ordonnances de non-publication ont été rendues lundi par un magistrat afin de protéger l’identité des victimes — deux garçons âgés de 2 et 5 ans — et des témoins dans cette affaire.

Plusieurs membres et amis de la famille décimée ont cependant déclaré lundi que des signalements avaient été faits à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) au sujet de Michaël Chicoine, bien avant le drame. L’organisme provincial n’y aurait toutefois jamais donné suite.

« Suite aux événements d’hier à Wendake, je souhaite dire que ma fille a tout fait les efforts auprès de la DPJ et du droit familial [pour éloigner le suspect de l’entourage des enfants] », a témoigné le grand-père maternel des deux enfants sur sa page Facebook.

Visiblement bouleversé, le grand-père a aussi dénoncé que « les failles dans le système » ont enlevé à sa fille « ce qu’elle avait de plus précieux ».

Au cabinet du ministre Lionel Carmant, qui gère les dossiers de protection de la jeunesse au Québec, on se dit proactifs. « Nous sommes en lien depuis dimanche matin avec le CIUSSS de la Capitale-Nationale. Pour l’instant, les informations dont nous disposons sont parcellaires », précise la directrice des communications, Marie Barrette, en offrant au passage ses condoléances à la famille.

« Nous souhaitons obtenir l’ensemble des éléments avant de nous prononcer. Et si les éléments de réponse ne nous satisfont pas, nous irons plus loin », a-t-elle ajouté.

« Ce dossier a été reporté au 11 novembre pour la divulgation des preuves. Dans l’intervalle, l’accusé demeurera détenu », a indiqué la porte-parole du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), MAudrey Roy Cloutier. S’il désire être remis en liberté, l’accusé pourra s’adresser à un juge. Après quoi, des négociations pourraient être entamées, ou un procès se tiendra. « Toutes les options sont sur la table », résume MRoy Cloutier.

« C’étaient des enfants de chez nous »

Le grand chef de la nation huronne-wendate, Konrad Sioui, a indiqué dimanche que « la famille était connue car un des enfants fréquentait le CPE ». « L’autre était à l’école primaire. C’étaient des enfants de chez nous », a-t-il réagi, en ajoutant que ce drame est le plus violent à être survenu à Wendake, à sa connaissance.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Le grand chef sortant de la nation huronne-wendate, Konrad Sioui

Quand on voit nos petits enfants qui payent le prix d’une société peut-être rendue fatiguée et malade… ça blesse.

Konrad Sioui, grand chef de la nation huronne-wendate

Selon plusieurs témoignages recueillis par La Presse, M. Chicoine serait originaire de Sept-Îles, sur la Côte-Nord, où il a passé son enfance et fait ses études. Il ne s’agirait pas d’un Wendat.

Québec et Ottawa ont déjà annoncé qu’ils fourniront de l’aide psychologique aux proches et aux résidants de Wendake qui le souhaitent. Plus tôt, le premier ministre François Legault avait offert ses condoléances à la nation huronne-wendate. « J’ai le cœur brisé d’apprendre le décès de ces deux jeunes enfants. […] C’est tout le Québec qui est bouleversé ce matin devant ce drame sans nom », a-t-il écrit sur Twitter.

Le nouveau ministre responsable des Affaires autochtones Ian Lafrenière, qui s’est entretenu avec Konrad Sioui, a aussi réagi. « Mes premières pensées vont aux proches et à la famille de ces deux jeunes enfants. Il n’y a pas de mot pour décrire un drame semblable. Mon cœur de père est bouleversé », a-t-il dit. Dimanche et lundi, des résidants se sont recueillis devant l’église du village, à quelques dizaines de mètres du logement où les corps des enfants ont été trouvés. Ils y ont notamment déposé des peluches.

Appel à la solidarité lancé en ligne

Une campagne citoyenne de sociofinancement « GoFundMe » a été lancée relativement à ce drame ayant « laissé une famille dans un terrible deuil ». La page « Soutien à la famille des petits anges de Wendake » avait recueilli tout près de 6000 $ lundi en fin de journée.

« Face à ce drame familial, un arrêt de travail indéterminé touchera la famille. Afin d’éviter un stress financier supplémentaire à cette terrible situation, nous souhaitons organiser une campagne de financement », peut-on lire sur la page de ladite campagne.

Ses instigateurs ajoutent que « l’argent ne ramènera jamais des enfants à la vie », mais que « celle-ci pourrait faciliter le deuil de ceux-ci en excluant l’anxiété financière que cela va occasionner ».

– Avec Gabriel Béland, La Presse, et La Presse Canadienne