L’un des auteurs d’un « meurtre raté » l’an dernier à Saint-Eustache a été condamné à 10 ans de pénitencier pour son crime « ignoble » sur une victime innocente. Si le pistolet artisanal ne s’était pas enrayé, Jean Gérard III Sterling et son complice auraient été condamnés à la prison à vie sans possibilité de libération avant 25 ans, selon la juge.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« Bien que l’accusé ait été trouvé coupable d’une tentative de meurtre, c’est bien un « meurtre » qui avait été planifié », explique la juge Michèle Toupin dans une décision rendue mercredi au palais de justice de Saint-Jérôme. L’homme de 22 ans s’en tire toutefois à bon compte, puisque la Couronne réclamait une peine exemplaire de 18 ans de pénitencier.

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L’arme à feu utilisée dans la tentative de meurtre du 3 juin 2019 à Saint-Eustache

Dans la nuit du 3 juin 2019. Jean Gérard III Sterling était le chauffeur du tireur, dont le nom est frappé d’une ordonnance de non-publication. Le jeune homme est resté stationné pendant quatre heures dans un quartier résidentiel de Saint-Eustache pour attendre son complice.

Le tireur a atteint la victime, Samuel Indig, de deux balles dans le dos, alors qu’il rentrait dans son nouvel appartement. Or, celui-ci n’était pas la bonne cible des aspirants assassins. Par chance, l’arme à feu de fabrication artisanale — longue de 16 pouces — munie d’un dispositif prohibé s’est enrayée à plusieurs reprises.

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Jean Gérard III Sterling

Le tireur s’est précipité dans le véhicule de fuite conduit par Jean Gérard III Sterling, mais les deux hommes ont été arrêtés quelques minutes plus tard. L’imposante arme à feu a été retrouvée dans la voiture.

Même s’il n’a pas ouvert le feu, Jean Gérard III Sterling est tout aussi responsable que le tireur, estime la juge. « La participation de l’accusé est tout sauf passive. Soit, il n’est pas le tireur, mais il a accepté de l’y conduire, lui a offert une aire d’attente protégée et a assuré sa fuite », soutient-elle.

« Ce mépris et cette insouciance pour la vie d’autrui, alors que l’erreur sur la personne visée confirme une préparation bâclée, soulève l’indignation », ajoute la juge Toupin.

Dans l’imposition de la peine, la juge relève l’absence d’empathie de l’accusé, ses regrets « peu sincères » et la planification du crime visant une innocente victime. Or, elle ne peut conclure que l’accusé agissait au profit d’une organisation criminelle, comme l’a plaidé le procureur de la Couronne MSteve Baribeau.

« Peut-être souhaite-t-il impressionner ses pairs ? Possible. Peut-être a-t-il manqué de courage pour se dissocier de ce sordide projet ? Possible. En l’absence d’explications, nos réponses ne sont que spéculation. Une chose est certaine, un être humain a souffert et est traumatisé à jamais », soutient la juge, qui souligne le jeune âge de l’accusé et l’absence d’antécédents judiciaires pour rejeter la sentence « déraisonnable » de la Couronne.

En tenant compte de la détention préventive, il reste environ huit ans à purger à sa peine.

Le ministère public étudie la possibilité de porter le jugement en appel.