Claudie* avait 8 ans lorsqu’elle est devenue « la femme » de Sylvain Villemaire. Déracinée et vulnérable, la fillette a été soumise pendant trois ans à des sévices sexuels. Un récit à la limite du supportable relaté avec courage par la victime lundi au procès pour traite de personnes de l’ex-psychoéducateur de Montréal-Nord.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« Il m’a tiré les cheveux et m’a couchée. Il m’a dit que ma mère m’avait vendue », a confié à la cour la victime, maintenant âgée de 13 ans. Avec un détachement déconcertant, l’adolescente a décrit en détail lundi les agressions sexuelles subies aux mains de Sylvain Villemaire de 2015 à 2018 à Montréal. Un témoignage particulièrement difficile à entendre.

Le Montréalais de 59 ans, qui se défend seul, est jugé pour traite de personnes mineures, un crime souvent décrit comme de l’esclavage moderne, passible d’une peine d’emprisonnement sévère. Notons qu’une ordonnance de non-publication protège l’identité de la victime et nous empêche de rapporter certains faits cruciaux de l’affaire.

À l’ouverture de son procès lundi, Sylvain Villemaire a plaidé coupable à quatre chefs d’accusation, dont possession de pornographie juvénile, contacts sexuels et incitation à des contacts sexuels d’un enfant. Le pédophile reconnaît ainsi avoir agressé sexuellement Claudie à des dizaines de reprises. Il était alors en « situation de confiance et d’autorité » à cette époque, a précisé la procureure de la Couronne MAmélie Rivard.

Sylvain Villemaire détenait également plus de 8000 photos et 95 vidéos de pornographie juvénile montrant des filles de 5 à 15 ans dans un contexte sexuel avec des adultes. L’accusé avait d’ailleurs une double vie, puisqu’il a travaillé pendant plus de 15 ans auprès des décrocheurs et des jeunes en difficulté à l’école secondaire Calixa-Lavallée, dans l’est de Montréal.

Sévices sexuels de plus en plus terribles

À seulement 8 ans, Claudie devait assouvir les besoins sexuels de son bourreau, parfois jusqu’à quatre fois par semaine, a-t-elle raconté. L’adolescente témoignait dans une autre salle du palais de justice pour ne pas croiser l’accusé. Elle devait ainsi être « la femme de M. Sylvain », résume-t-elle. Souvent, Sylvain Villemaire lui demandait de boire un mélange de « 7 Up et d’alcool » et de regarder des vidéos de pornographie juvénile avec lui.

Au fil des ans, le pédophile a soumis la fillette à des sévices sexuels de plus en plus terribles. Un théâtre de l’horreur décrit avec impassibilité par l’adolescente.

Une nuit, selon la victime, une femme adulte invitée par Sylvain Villemaire s’est même jointe à l’agression sexuelle. « J’avais de la haine envers lui », confie-t-elle, à la fin de son témoignage.

Malgré ses refus, Claudie était prise au piège, puisque sa mère lui demandait de « continuer » de se soumettre à Sylvain Villemaire. « J’étais un peu bouleversée. Je devais faire tout ce qu’il disait », raconte-t-elle. Son bourreau l’a d’ailleurs déjà menacée de la « ramener » dans son pays d’origine. « J’avais peur d’y aller », dit-elle. Une crainte confiée dans une lettre retrouvée par les policiers au domicile de Sylvain Villemaire.

« Je sais que je dois être ta femme et ta maîtresse […], je ferais de mon mieux pour le faire avec amour. S’il te plaît, je ne veux pas aller en Afrique, ce sera un grand plaisir pour moi et pour toi que je sois ta femme et ta maîtresse », indique la lettre, qui avait été lue lors de l’enquête sur remise en liberté.

Deux ans après l’arrestation de l’ancien psychoéducateur, Claudie assure vouloir tourner la page sur son passé. « Je veux juste oublier ce qui s’est passé et passer à autre chose », lâche-t-elle.

Le contre-interrogatoire de la jeune fille s’amorce mardi devant le juge Pierre Labelle. MStephen Angers fait office d’ami de la cour pour l’accusé, détenu depuis son arrestation en 2018. Le procès doit durer trois semaines.

*Prénom fictif