La violence familiale n’a pas d’âge, nous rappelle une affaire judiciaire particulièrement inhabituelle. Deux septuagénaires souffrant de démence précoce ont récemment été condamnés pour avoir maltraité leur fille de 42 ans. Fessée, claques, punitions dans un coin : la victime vivait sous le joug de son père et de sa belle-mère dans un « climat d’infantilisation ».

Publié le 20 sept. 2020
Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

« Ce qui est troublant dans ce dossier, c’est l’âge de la victime et des accusés, qui est somme toute inhabituel. C’est comme s’il y avait eu un décalage dans le temps. [La victime] s’est trouvée infantilisée », a résumé l’avocat de la défense, MNicolas Welt, le 17 juin dernier.

Un Montréalais de 71 ans et sa conjointe de 72 ans ont plaidé coupable ce jour-là au palais de justice de Montréal à des accusations de harcèlement criminel et de voies de fait. Il nous est interdit de les nommer afin de protéger l’identité de la victime, fille de l’accusé.

En février 2017, la victime, alors âgée de 38 ans, revient vivre au domicile familial. Malgré son âge, son père et sa belle-mère contrôlent toute son existence et la traitent comme une enfant. Ils choisissent ses vêtements, l’obligent à terminer ses repas et la mettent en punition à genoux dans un coin si elle n’écoute pas. Comme à l’école d’antan, elle doit parfois copier cette phrase : « Je n’agirai plus de cette façon. »

Huit mois de maltraitance

Dans un épisode troublant, la belle-mère ordonne à la trentenaire de se coucher sur les genoux de son père pour qu’il lui donne la fessée. Le frère de la victime filme la scène. Les deux accusés assènent des claques à la victime à au moins une occasion. Ce climat malsain culmine par une chicane familiale en octobre 2017 qui mène aux arrestations.

Ces huit mois de maltraitance ont plongé la victime dans un état de choc post-traumatique et de dépression.

Ça laisse des séquelles assez graves. C’est pas mal humiliant. Je dois vivre avec des cicatrices à vie. Ça fait trois ans et je les vois encore.

La victime

Celle-ci a raconté d’autres épisodes de maltraitance et d’humiliation. Elle a par exemple été « embarrée dehors » par les accusés et s’est fait traîner par les cheveux par sa belle-mère devant un voisin. Elle affirme souffrir de troubles alimentaires parce qu’on l’obligeait à terminer son assiette, quitte à vomir.

« Celui qui était censé me protéger […] est allé à l’encontre de tout ce qu’il m’avait dit. Les deux me répugnent au plus haut point », a-t-elle lancé.

Peine « clémente »

En suggérant une peine somme toute « clémente », les avocats ont insisté sur la démence « naissante » des deux accusés. Juste avant les évènements, ceux-ci prenaient soin depuis 23 ans de personnes handicapées. Selon la défense, leur début de maladie a pu les inciter à reproduire cette dynamique d’autorité.

La juge Sonia Mastro Matteo reconnaît dans sa décision les « graves séquelles psychologiques et sociales » chez la victime, mais tient aussi compte de la « perte cognitive précoce » des accusés. Elle a ainsi condamné ceux-ci à une probation de trois ans dans le cadre d’un sursis au prononcé de la peine (peine suspendue). Ils évitent ainsi la prison.

« Le Tribunal espère que [cela] vous permettra de tourner la page et de panser vos blessures », a conclu la juge en s’adressant à la victime.