L’ex-ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux persiste et signe : il n’a pas congédié le numéro deux de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) en novembre 2017, même s’il l’avait publiquement renié en raison d’allégations « extrêmement préoccupantes ».

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« Il a démissionné, a martelé l’ex-ministre mardi devant la Cour supérieure. J’étais incapable, absolument incapable de défendre M. [Marcel] Forget. Je referais la même chose. J’étais ministre de la Sécurité publique. »

Au lendemain du témoignage sous haute tension de l’ancien commissaire de l’UPAC Robert Lafrenière, c’était au tour de Martin Coiteux, maintenant haut dirigeant de la Caisse de dépôt et placement du Québec, d’être appelé à la barre des témoins au procès civil de Marcel Forget contre le gouvernement du Québec.

L’ex-commissaire adjoint de l’UPAC réclame 2 millions et des dommages exemplaires à Québec pour son congédiement illégal. Il maintient avoir été forcé de démissionner, le 30 novembre 2017, sous le prétexte de reportages sur ses intérêts dans l’entreprise Newtech. Dans les faits, son congédiement découle de « raisons politiques », soit les arrestations par l’UPAC de ministres libéraux et du député Guy Ouellette, a suggéré lundi son avocat, MDaniel Rochefort.

« Sensationnalisme devant les journalistes »

Comme la veille avec Robert Lafrenière, de nombreuses questions de MRochefort sur des éléments politiques connexes à la cause ont été accueillies par un barrage d’objections des avocates du Procureur général du Québec (PGQ), presque toutes retenues par la juge Janick Perreault.

« Avez-vous déjà suggéré à votre premier ministre [Philippe Couillard] de prendre ses distances face à M. Arthur Porter ? », « Avez-vous déjà eu des collègues en qui le public n’avait plus confiance ? », « Est-ce que des députés libéraux, dès que le public a eu des questionnements, leur avez-vous suggéré de démissionner ? » ou « Avez-vous déjà eu l’impression que le public avait confiance en M. Lafrenière ? ».

Les échanges ont à nouveau été particulièrement houleux entre MRochefort et MFrance Bonsaint du PGQ. Exaspéré par les objections de celle-ci, MRochefort a reproché au PGQ de « cacher » des éléments de preuve, comme des messages textes et des courriels, et de ne pas avoir appelé Martin Coiteux à la barre. Une affirmation qui a fait bondir MBonsaint.

« Qu’on insinue qu’on a voulu cacher de la preuve en ne mettant pas M. Coiteux dans la liste des témoins, ce n’est pas correct ! Ça, je ne l’accepte pas qu’on l’insinue devant les journalistes, qu’on fasse du sensationnalisme devant les journalistes », a rétorqué MBonsaint.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Marcel Forget et ses avocats, Mes François Fournier (au centre) et Daniel Rochefort (à droite).

« La goutte qui a fait déborder le vase »

L’article du Journal de Montréal publié le 30 novembre 2017 a été la « goutte qui a fait déborder le vase » pour Martin Coiteux. « Les allégations étaient sérieuses. Je n’étais pas capable de le défendre publiquement et de dire que j’avais moi-même confiance », a expliqué l’ancien ministre.

Le commissaire adjoint de l’UPAC faisait l’objet depuis plusieurs semaines de reportages des médias de Québecor sur ses liens dans les années 1990 et 2000 avec une entreprise controversée et ses activités contemporaines dans des investissements commerciaux au centre-ville de Montréal.

Martin Coiteux avait déclaré aux journalistes le matin fatidique que Marcel Forget n’était plus « l’homme de la situation » et l’avait alors invité à « réfléchir » à son avenir au sein de l’UPAC. Plus tard, le ministre avait rapporté la démission de M. Forget en point de presse. Certes, il n’avait pas la lettre de démission en main, mais on l’avait « informé verbalement » de la décision du numéro 2 de l’UPAC de démissionner, assure-t-il.

« Les faits n’ont jamais été niés [par Marcel Forget] à ma connaissance. J’étais incapable dans mon rôle de ministre d’exprimer ma confiance et j’étais convaincu que son comportement nuisait à la confiance des Québécois à l’égard de l’institution [de l’UPAC]. Madame la juge, j’ai fait mon devoir ce matin-là », a déclaré M. Coiteux.

Mais si Marcel Forget n’avait pas démissionné, Martin Coiteux se serait tourné vers le Conseil des ministres en vue d’entamer des procédures de destitution, a reconnu le témoin.

Avant la reprise du témoignage de Martin Coiteux jeudi matin, ce sera au tour de Marcel Forget lui-même de raconter sa version des faits.