Âgé de 74 ans, le doyen des Hells Angels, Michel Langlois, a beau avoir évoqué les risques pour sa santé de contracter la COVID-19 au pénitencier, les commissaires aux libérations conditionnelles ont refusé de l’envoyer en maison de transition comme le motard le demandait.

Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

« Bien que la Commission soit sensible aux inquiétudes que causent les risques d’infection à la COVID-19, elle vous rappelle que son mandat premier est la protection de la société. La Commission observe que les autorités pénitentiaires ont mis en place des mesures de protection qui ont fait leurs preuves afin d’assurer la protection des détenus et du personnel. Vous avez d’ailleurs souligné, lors de l’audience, votre appréciation à cet égard », écrivent les commissaires dans une décision rendue il y a une semaine.

Langlois purge depuis octobre 2018 une peine de près de cinq ans pour gangstérisme, complot et trafic de cocaïne, à la suite de son arrestation dans le démantèlement de réseaux de trafic de drogues par l’Escouade nationale de répression du crime organisé (ENRCO) chapeautée par la Sûreté du Québec.

Langlois, qui devait avoir purgé la moitié de sa peine avant d’être admissible à une libération conditionnelle, demandait, au mieux, sa libération conditionnelle totale, ou, au pire, d’être envoyé en maison de transition. Son agent de libération était favorable à sa semi-liberté, notamment en raison des risques de la COVID-19 sur sa santé et des progrès enregistrés en détention, mais les commissaires aux libérations conditionnelles en ont décidé autrement.

Amoureux de la motocyclette

Ceux-ci ont souligné la criminalité bien ancrée de Langlois qui perdure depuis 50 ans.

Même si, durant l’audience, Langlois a dit être saturé de l’incarcération, que celle-ci a eu des effets dissuasifs, surtout en raison de son âge, et que même si les Hells Angels lui demandaient, il refuserait de retomber dans la criminalité, les commissaires se sont montrés très prudents. Ils ont souligné une certaine remise en question amorcée chez Langlois, mais se demandent si celle-ci est sincère.

Ils soulignent notamment que Langlois a été vu fréquenter et participer à des activités avec d’autres individus criminalisés au pénitencier, « une fête et une partie de balle », a expliqué Langlois.

Durant l’audience, Langlois a également déclaré, selon la décision, qu’il est aujourd’hui un membre des Hells Angels sans rôle particulier et que jamais il n’a commis un crime à la suite d’une incitation de leur part. Il a dit ne pas considérer les Hells Angels comme une organisation criminelle, que ceux-ci ne recommandent pas à leurs membres de commettre des activités criminelles et qu’il a adhéré à ce groupe uniquement par amour pour la motocyclette.

« Votre intérêt pour les motos est évident, mais vous n’avez pas été en mesure de convaincre, en audience, la Commission que votre affiliation avec les Hells Angels se voulait à d’autres fins que la criminalité. [...] La Commission se montre préoccupée par le maintien de votre allégeance envers un groupe criminalisé qui a favorisé votre maintien dans une importante criminalité. Votre adhérence à ce mode de vie spécifique dénote un détachement des normes sociales établies. Vous détenez toujours une position qui vous valorise, ce qui n’est pas à négliger, et vous demeurez un individu encore considéré et respecté au sein du club », concluent les commissaires.

Ceux-ci, dans leur refus de l’envoyer en maison de transition, soulignent aussi le fait que Langlois sera libéré d’office - aux deux tiers de sa peine - dans quelques mois.

Pour joindre Daniel Renaud, composez-le (514) 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

Michel Langlois en bref

•Surnom : Sky

•Ancien membre des Popeyes

•Membre fondateur des Hells Angels de Montréal en 1977

•1988 : Condamné à deux ans pour complicité après le fait relativement à la tuerie de Lennoxville

•1997 : Membre fondateur de la section South des Hells Angels, à laquelle il appartient toujours

•1999 : Condamné à cinq ans pour trafic de stupéfiants

•Condamné à une peine de six ans et demi dans la foulée de l’opération SharQc

•2018 : Condamné à une peine de près de cinq ans après son arrestation dans le projet Objection de l’ENRCO