Pour faire face à la rareté de certaines drogues provoquée par la pandémie de la COVID-19, les trafiquants se tourneraient de plus en plus vers d’autres substances.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Ils couperaient également davantage les drogues plus classiques comme l’héroïne ou la cocaïne, avec d’autres produits, ce qui pourrait expliquer une forte croissance de surdoses en juillet à Montréal : 32 surdoses, trois fois plus qu’en juillet 2019.

C’est du moins ce que croit le commandant de la Division du crime organisé du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) Michel Bourque, dont les enquêteurs viennent de démanteler un réseau de trafiquants qui offraient une diversité de substances dont certaines plus rares.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Le commandant du SPVM Michel Bourque

En s’attaquant à ce réseau, qui opérait principalement dans le centre-ville et le centre-sud de Montréal, et qui serait à l’origine de surdoses survenues dans ces secteurs, les limiers ont notamment mis la main sur 2000 comprimés d’isotonitazène, un puissant opioïde de synthèse peu commun.

Ils ont aussi mis la main sur 20 000 comprimés de Xanax-un anxiolytique vendu habituellement sur prescription-et de drogues de synthèse, 740 grammes de méthamphétamine en cristaux-crystal meth-40 litres de GHB et un kilogramme de MDMA.

Il y a quelques jours, un homme a été arrêté avec 12 litres de GHB par la Régie de police de Memphrémagog. Le GBH est appelé drogue du viol mais il y a beaucoup plus de gens qui le consomment consciemment plutôt qu’à leur insu, prévient le commandant Bourque.

Selon lui, la cocaïne continue d’être plus rare et le kilogramme a été vu à plus de 70 000 $.

« Ce qu’on voit depuis la pandémie, c’est qu’il y a une certaine diversification des drogues. Il y a une rareté de certaines drogues et celles-ci sont davantage coupées. On voit aussi l’apparition d’héroïne de toutes sortes de couleurs, mauve, bleue, qui est coupée avec du fentanyl, de la kétamine ou d’autres mélanges. Présentement, tout ce qui est drogue de synthèse prend une grande part du marché, surtout depuis qu’il y a moins de cocaïne sur le marché, selon ce qu’on peut constater auprès des revendeurs », explique le commandant Bourque.

Une priorité

Ces nouvelles tendances pourraient expliquer la forte hausse des surdoses à Montréal en juillet de cette année. Mais attention, ce ne sont pas nécessairement toutes les surdoses survenues dans la métropole qui sont comptabilisées par le SPVM.

« Comme service de police, nous sommes interpellés par le nombre de surdoses en nette croissance cet été. On croit que la COVID-19 a un impact et a causé de la détresse chez une population vulnérable. Conjointement avec la Santé publique et les réseaux communautaires, on agit promptement aussitôt qu’on a des cas de surdose causés par toutes drogues confondues, que ce soient les opioïdes, les drogues de synthèse ou le Xanax », assure M. Bourque.

Huit présumés trafiquants ont été arrêtés et accusés dans le dernier démantèlement réalisés par le SPVM ; George Sarakinis, 27 ans, la présumée tête dirigeante, François Bacon, 40 ans, Michael Clunan, 43 ans, Badr Ghabi, 31 ans, Mathieu Joly, 33 ans, Jean-François Lamontagne, 34 ans, German D. Trinidad Platero Rivas, 45 ans et Timothy Storms, 27 ans. Ils ont comparu le 23 juillet et sont toujours détenus.

Outre la drogue, évaluée à 450 000 $, les enquêteurs des stupéfiants des régions sud et ouest, qui relèvent de la Division du crime organisé, ont saisi 95 000 $ canadiens et quatre poings américains.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le (514) 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ce ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

Les surdoses à Montréal en juillet (toutes drogues confondues)

2020 : 32, dont six mortelles

2019 : 9, dont trois mortelles

Source: statistiques compilées par le SPVM seulement