Arrêté pour incitation à la haine et menace auprès d’une journaliste de TVA victime d’une accolade non sollicitée lors d’une manifestation, un homme des Laurentides a déploré la situation publiquement sur les réseaux sociaux au lendemain de son arrestation.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

« Ça c’est du beau théâtre ! On va bien s’amuser avec tout ce cirque ! », s’étonne Guillaume Lagacé, 26 ans, en partageant à ses amis Facebook un article sur son arrestation.

CAPTURE D’ÉCRAN TIRÉE DU COMPTE FACEBOOK DE GUILLAUME LAGACÉ

Guillaume Lagacé a partagé ce message sur Facebook.

Le suspect arrêté mardi soir aurait proféré des menaces sur les réseaux sociaux à l’endroit de Kariane Bourassa, journaliste de TVA. Il pourrait faire face à des accusations de menace et d’incitation à la haine.

Le résidant de Saint-Placide a été rencontré par les enquêteurs. Il a été libéré sous promesse de comparaître et reviendra en cour cet automne.

Lors d’une manifestation anti-masques devant le Parlement à Québec dimanche passé, deux individus avaient enlacé contre son gré la journaliste Kariane Bourassa, qui couvrait la protestation.

Elle avait dénoncé le geste via Twitter. « Ça peut sembler rigolo. NON, un “câlin” non désiré n’est pas moins pire qu’une insulte ou que des menaces. Les femmes journalistes ne devraient pas avoir à faire leur travail en regardant constamment par-dessus leur épaule pour voir si quelqu’un va entrer dans “leur bulle” ».

De nombreuses personnalités publiques, dont la vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault, avaient dénoncé le comportement des deux manifestants.

Quelques jours suivant le geste, l’un des deux hommes a admis ses torts dans une entrevue accordée au Journal de Québec.

L’arrestation de Guillaume Lagacé n’est pas liée directement à l’épisode survenu lors de la manifestation. Il aurait toutefois menacé la reporter sur les réseaux sociaux en réaction à l’évènement.

L’homme au profil Facebook parsemé de théories du complot lui reproche d’avoir dénoncé la situation en la comparant avec une agression. « Voilà pourquoi je veux la pendre par les pieds », a-t-il écrit sur Facebook mardi après-midi, quelques heures avant l’arrivée des policiers à son domicile.

« C’est juste une fille qui veut faire un show »

Surpris et déçu, le suspect détaille sur sa page Facebook son arrestation, qu’il considère comme injustifiée. Quand les policiers ont frappé à sa porte à 23 h 30, il pensait qu’un « chien était dans la rue » et qu’ils venaient l’avertir, affirme-t-il.

« J’ai été informé de mon arrestation pour incitation à la haine et menaces envers Kariane Bourassa […] Curieusement, elle [ne] m’a toujours pas bloqué l’accès à sa page pour m’empêcher de commenter à nouveau. Dois-je comprendre qu’elle m’incite à continuer pour faire de moi un exemple ? », écrit-il.

Il précise ne plus pouvoir commenter sous la publication de Mme Bourassa. « C’est rien d’inquiétant, ça fait partie du jeu de la société », ajoute l’homme de 26 ans, en signant la phrase par un émoji souriant.

Bien qu’il ait été libéré sous promesse de comparaître, il qualifie son retour en cour de « très peu probable. » Selon lui, une accusation de menaces serait non fondée et ridicule et « seule la charge d’incitation à la haine va être acceptée. »

Il signale l’absence d’intention claire dans les menaces qu’il aurait émises. « C’est juste une fille qui veut faire un show », soutient-il en référence à Kariane Bourassa.

« Au Québec on est libre de s’exprimer. Certainement, il y a des limites », conclut Guillaume Lagacé dans son texte publié mercredi en avant-midi. Il a réitéré que pour lui, les deux hommes qui se sont adonnés à une accolade non désirée par la journaliste ne peuvent être considérés comme des agresseurs.

« Quand quelqu’un se fait arrêter, on conseille toujours fortement de garder le silence, car on ne connaît pas encore l’étendue de la preuve », explique Me Anne-Geneviève Robert, du cabinet Riendeau Avocats. Toute déclaration – écrite ou verbale – peut être utilisée en cour contre une personne arrêtée. « Ça peut être divulgué en preuve par le procureur dans le cadre d’un procès ou d’une négociation. C’est la problématique de faire une déclaration publique. C’est tout le contraire de ce qu’on recommande », affirme l’avocate en droit criminel et pénal.